Au tout début, l'Homme avait. Ou pas. De quoi se nourrir, de quoi se chauffer, de quoi forniquer, de quoi chasser, cueillir, puis élever, cultiver, ..., ou pas.
Parfois, l'Homme avait trop. Alors, il cédait à ses pairs pour les aider à survivre. A survivre, car il n'y avait jamais assez de tout pour tout le monde.

Puis, l'Homme devint égoïste, préférant gâcher plutôt que de partager. Alors, les moins débrouillards furent naturellement éliminés. De leur côté, les survivants se partagèrent les ressources disponibles. A mesure qu'ils usaient et abusaient de leur propre ressource, chacun commença à lorgner sur celle du voisin. Ils ne l'avaient pas, mais ils la voulaient. Ils n'en avait pas toujours besoin, mais il la leur fallait. Ce qui tombait plutôt bien, étant donné que le possesseur de la convoitée ressource voulait celle que le premier possédait. Alors, au terme de fructueux grognements, les deux compères se cédèrent mutuellement une petite partie de ce dont ils jouissaient.

Et l'Homme inventa le troc.

Les autres les imitèrent, et finalement tout redevint comme avant, ou presque. Voyant que la vie des membres de sa communauté dépendait en partie de lui, l'Homme se sentit fier. Bien sûr, sa propriété n'offrait rien de plus qu'auparavant, l'Homme n'étant pas magique. Mais maintenant c'était son choix de laisser vivre les autres, et ça, ça vous pose un Homme !
Bien entendu, il ne laissait pas vivre tout le monde. Ceux qui n'avaient rien à offrir en échange ne recevaient rien, et mouraient, et ceux qui n'avait que très peu recevaient peu, et tâchaient de survivre, quitte à chaparder de temps en temps.

Mais bientôt, l'Homme se rend compte que ce qu'il offre vaut bien plus que ce qu'il reçoit, car c'est lui le meilleur. Ses outils sont les meilleurs, très largement, mais tout le monde n'en veut pas. Et plus particulièrement l'autre là, celui qui possède tant de femelles, n'en a rien à faire, de ses outils. Pourtant, l'Homme voudrait bien en tâter, de la femelle. Alors, l'Homme trouva un moyen. Dorénavant, il ne fournira d'outils qu'en échange de coquillages. De beaucoup de coquillages. Ils sont si beau, et si difficiles à aller ramasser au fond de l'eau.

Et l'Homme inventa la monnaie.

Voyant l'Homme empiler des coquillages tous plus beaux les uns que les autres, toute la communauté prit exemple sur lui. Bientôt, l'Homme put échanger ses coquillages contre n'importe quoi d'autre, car tout le monde voulait des coquillages. Et il ne fut plus privé de rien, ou presque. Car il n'y aurait jamais de quoi contenter tout le monde, de toutes façons.
Jamais ? Jamais de sa vie en tous cas. Mais un jour vint où l'intelligence de l'Homme finit par lui permettre de produire assez pour tout le monde. La monnaie devenant obsolète, l'Homme commença à paniquer. Comment pourrait-il encore se réserver une ressource suffisamment abondante pour contenter tout le monde ? Comment pourrait-il encore choisir qui laisser vivre quand plus personne n'avait à mourir ? Tout mais pas ça !
Dès lors, l'Homme décida que la meilleure méthode pour conserver ses privilèges serait de ne pas distribuer assez de denrées pour tout le monde. Et moins il ditribuait, plus il recevait !

Et l'Homme inventa le luxe.

Alors, une fois de plus, tous l'imitèrent. Et ceux qui ne le firent pas durent distribuer toujours plus pour pouvoir combler leurs désirs. Et ils se tuèrent à la tâche. Finalement, il ne resta plus que les plus vils, les plus avides, les plus exigeants des individus. Beaucoup de coquillages furent échangés avant que l'Homme ne se rende compte qu'il était seul. Il avait tout, et les autres, n'ayant rien à échanger avec lui pour obtenir quelques vivres, s'en étaient allés. L'Homme jouait à la marchande, seul, se donnant des coquillages à lui-même à chaque fois qu'il consommait un peu de ce qu'il avait ramassé.
Très vite, la solitude lui pesa, et il se figura que tout posséder n'étant finalement pas la meilleure idée qu'il ait eu. Alors, il se débrouilla pour faire revenir quelques gens, les appâtant par quelques denrées généreusement offertes, puis leur proposa de continuer à leur fournir quotidiennement de quoi subsister en échange de leur complète dévotion.

Et l'Homme inventa le capitalisme.

Plus jamais l'Homme ne voulut se retrouver seul. Alors il partagea toujours le minimum nécessaire à sa compagnie. Mais son fils, bientôt, défia les conseils de son père, jusqu'à ce qu'il apprenne la même leçon.

Un jour, peut-être, l'Homme se rendra compte que voir les autres heureux grâce à lui contribue fortement à son propre bonheur, et que ce bonheur est plus important que toute considération matérielle puérile.


Conclusion :
L'évolution, c'est jouer à contrôler la vie de ses pairs : vouloir toujours plus, mais se retrouver avec toujours moins.
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