Cette nuit, j'ai rêvé. J'étais dans un nid d'insecte, une sorte de grotte aux parois marrons de boue, certainement sous-terrain, mais éclairé comme un studio de cinéma. A côté de moi, un bruissement de feuille. C'est ma femme qui se lève et sort de la chambre. Je la suis le long des corridors, et je m'égarre un moment devant l'avocatier du salon. J'ai cru qu'elle s'était arrêtée, alors que je regardais une plante. Je ne dois pas être bien réveillé. Je vois ma femme disparaitre à l'angle d'un couloir d'où provient une vive lumière. Alors, je sors. Je marche sur des nuages. Au dessus de moi, une planète.

Je suis prisonnier de cet étrange terrier au jardin diaphane.

Je me demande l'heure qu'il est, mais il n'y a pas d'heure lorsqu'on n'a pas les pieds sur Terre. A la limite de mon champ de vision, j'aperçois quelque chose qui bouge. Ce n'est pas vert, mais couleur brique. Ce n'est donc pas ma femme. Je tourne la tête, et je prends peur. Une saucisse géante, de ma taille et de type strasbourgeoise me fonce droit dessus. Elle dispose de petits pieds et mains blancs, et tout ronds, comme les schtroumpfs. Je fuis vers l'intérieur, dans cette caverne étrange, et les murs défilents sans cesse. Derrière moi, l'ignoble pièce de charcuterie me poursuit, et se rapproche.

Je sens ma fin approcher, alors que je n'ai pas la moindre idée de comment une saucisse pourrait me faire du mal.

Soudain, au détour d'un tunnel, je me retrouve dans un tombeau de pharaon. L'odeur est acre, de l'ammoniaque peut-être, et j'ai envie de vomir. Plus de trace de saucisse, c'est déjà ça. Je m'approche du sarcophage, et je me rends compte qu'il est déjà ouvert. A l'intérieur, un escalier qui mène vers une boîte de nuit étrange où les gens n'ont pas de visages. Ce ne sont tous que des robots, répétant les même gestes encore et encore.Je m'habitue peu à peu à leurs mouvements, jusqu'à avoir l'impression qu'ils ne bougent plus. Je prend alors conscience de la décoration. Les tons vert et rouge dominent et courent sur les murs pâles au moyen de lumières vives et tournoyantes.

Puis, je remarque un mouvement qui n'était pas là auparavant.

Un des automates s'est tourné vers moi et demeure immobile, la tête dans ma direction. S'il avait des yeux il me regarderait. Son immobilisme se répend, et très bientôt c'est toute la salle qui se tourne vers moi, encore à moitié sur les escaliers, de là où tout le monde peut m'observer. Je prend peur une fois de plus, et je veux fuir, mais la trappe s'est refermée, et je ne peux plus rebrousser chemin. Par chance, le mur à côté de moi est tendre, et je m'enfonce sans problème dans sa matière visqueuse. Il n'y a pas d'autre côté, et le mur m'aspire désormais.

Très vite, je m'évanouis.

Lorsque je me réveille, le soleil commence à frapper aux volets, et je suis trempé. Le drap est collé sur moi et j'ai du mal à m'en dépétrer. La gorge sèche, je m'assied sur le bord du lit. Ma femme n'est pas à mes côtés. Je me lève et constate qu'elle n'est nulle part ailleurs. La surprise passée, je m'inquiète. Que s'est-il passé ?
Peut-être dans le jardin ?
J'ouvre la baie vitrée, mais elle n'est nulle part. Le ciel est clair mais offre au regard un sublime tapis de nuages. Et au milieu de la terrasse, je vois une plante qui n'était pas là la veille. Je crois. Un petit plant de tomate, dans un pot en terre cuite. Je m'en approche, et l'observe.

Puis, je souris. Je ne suis pas seul.
Retour à l'accueil