Au début des temps, les hommes s'ennuyaient. Il n'y avait rien à faire. Pas de jeu, pas de travail, rien pour occuper les journées de l'Homme. A cette époque, l'Homme ne connaissait même pas l'humour. Il avait le besoin de rire, mais était incapable de le provoquer. Du coup, un rien le faisait rire. La moindre glissade sur une flaque de boue, et l'Homme se payait une bonne tranche de fou rire. Avec les joues rouges et tout le tralala. Puis un beau jour, un homme trouva une méthode révolutionnaire pour provoquer ces moments de bien être intense. Il suffisait de se mettre à bonne distance d'un congénère en plein travail manuel, de ramasser un légume à la main, de s'assurer que d'autres congénères regardent, et de s'arranger enfin pour que le-dit légume atterrisse bien vite sur la tête du pauvre bougre occupé.

Et l'Homme inventa l'humour !

Bien sûr, de nos jours, ce genre de gag ne fait plus rire grand monde. L'humour évolue, lui aussi. Mais revenons-en à notre histoire. Quel rapport avec la religion me direz-vous. Et jusqu'ici vous auriez raison, mais soyez patient, que diable. Diantre, même.
Voilà nos primitifs en pleine séance d'humour sur un de leurs compatriotes. Et celui-ci s'avère assez farouche. Ne pouvant continuer d'exercer son art sur les parois rocheuses de son abri sous un jet de légumes plus ou moins mûrs, le voilà qui se fâche. Il interpèle, avec ses mots à lui, les plaisantins. Il est important de noter qu'à cette époque, l'expression : "les plus courtes sont toujours les meilleures" n'existait pas encore. Voyant que sa colère n'a pas plus d'effet sur l'hilarité générale qu'une bouze de mammouth n'en a sur l'écosystème paléolitique, enfin je crois, le voici qui renvoit les légumes dans l'autre sens, avant de sauter directement au cou de son voisin de chambrée pour lui passer l'envie de partager ses connaissances culinaires d'une manière par trop expressive. Voyant là une bonne occasion de passer le temps, tout le monde prit bien vite goût à la fête.

Et l'Homme inventa la rixe !

D'autres rixes suivirent, bien entendu. Mais à force, les hommes s'en lassèrent. D'abord parce que c'était un gâchi de nourriture dont il aurait été judicieux de se passer, mais également parce que les coups, ça fait mal, et les bras, ça ne repousse pas. En plus, il n'y avait jamais rien à y gagner.
Jusqu'au jour où la rixe s'engagea avec un membre d'une tribu voisine, contaminée par le virus de la baston pleinement répandu à ce moment. Et là, par un étrange hasard, la tribu la moins nombreuse perdit beaucoup de ses membres. Et la tribu victorieuse put alors s'approprier les ressources de celle-ci. L'Homme s'était battu, comme il aimait de plus en plus le faire, mais cette fois-ci l'Homme y avait gagné quelque chose, et pas des moindres : toute une vallée garnie d'arbres fruitiers. Les fruits, c'est sucré. Et le sucre, c'est bon. L'Homme apprécia.  Et la saison changea. Alors, l'Homme ne sachant pas encore ce qu'était une saison, il se mit à chercher d'autres tribu ayant éventuellement d'autres trésors gustatifs.

Et l'Homme inventa la conquête !

Par la suite, il se trouva qu'au delà d'un certain nombre de congénères impliqués dans les rixes, il devenait difficile de reconnaitre tous les visages, et on se mettait parfois à taper sur des voisins, des amis : des gens bien quoi !
Mais un jour, l'Homme parla à son voisin. "Quoi devenir quand nous plus bouger ?" Oui il avait ses mots à lui, mais concentrons-nous sur le sens de son message. Son voisin, surpris, lui répondit. "Nous être viande qui bouge, et quand plus bouger, nous devenir manger." Le premier, qui n'était pas le premier des crétins, le savait. Alors il choisit ses termes avec précaution, ce qui, vu l'étendue de son vocabulaire, lui prit dix bonnes minutes. "Mais nous être viande, et rester toujours viande. Mais ce qui bouge et ce qui parle de nous, quoi devenir ?"

Et l'Homme inventa la philosophie !

Mais l'Homme trouva bien vite une parade à son ignorance. Si lui ne savait pas, il devait bien y avoir quelqu'un qui savait. Ce quelqu'un devait tout savoir. Et s'il savait tout, il devait avoir vu beaucoup de chose, et être là depuis très très longtemps. Alors, l'Homme décida qu'il devait pouvoir voler, et s'imagina cet être omniscient posé sur un nuage, comme un oiseau sur une branche. Toute sa tribu s'accorda sur ce point de vue, et s'en trouva fort fière.
Lors des rixes qui suivirent, l'Homme put enfin faire participer tous ses amis. Avant de taper, il demandait : "Toi savoir pour Homme-oiseau ?" Si l'autre répondait "Quoi ?" il fallait taper. Si par contre il disait "Et toi, quoi savoir sur Homme-oiseau ?" il ne fallait pas taper. Les rixes s'éternisaient, mais au moins le tri était bien fait.

Et l'Homme inventa Dieu !

Par la suite, d'autres tribus s'inventèrent leurs propres Hommes-oiseaux, et afin d'éviter les quelques problèmes de confusion qui rendaient les bagarres si pacifiques, chacune nomma le sien différemment. Puis, les tribus se développèrent, et le choix des ennemis sur qui taper se fit plus vaste pour tout le monde. L'Homme s'en trouva fort aise, et perfectionna ses moyens de trouer l'adversaire, afin de toucher plus de monde avec moins d'efforts.
En réfléchissant, il trouva qu'il serait préférable, plutôt que de trouer le plus d'ennemis possible, de les convaincre d'abandonner leur "dieu" afin de se consacrer au sien. Ainsi, il n'y aurait plus besoin de le trouer, et au contraire il pourrait lui aussi prendre part à l'effort de guerre.

Et l'Homme inventa la religion !

Depuis ce temps, l'Homme cherche à convaincre les autres que son Dieu est le plus mieux de tous les dieux, puisque c'est le sien propre à lui et aux gens biens qu'il connait. C'est que l'ennemi est très idiot : il croit que c'est nous l'ennemi, et son dieu le meilleur ! Une bonne saignée devrait arranger ça...

Un jour peut-être, l'Homme se souviendra que Dieu est sa propre création, et qu'il n'en a nullement besoin. Alors il verra qu'on peut croire en tout un tas de choses, sans pour autant devoir les matérialiser à son image.


Conclusion :
L'évolution, c'est se persuader que les autres ont tort pour éviter de se remettre en question : imposer son dieu, pour pouvoir continuer d'y croire.
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