J'ai passé une journée épuisante aujourd'hui.
Je t'ai déjà dit que je travaille à la logistique en ce moment. Je passe mes journées à aller de bureau en bureau pour transmettre tout un tas de dossiers et de messages. C'est fatiguant, mais je sais que je sers à quelque chose au moins. Seulement à un moment, alors que la journée touchait à sa fin et que je passais devant les toilettes, et j'ai entendu comme un cri étouffé à l'intérieur. Alors j'ai posé ce que j'avais dans les mains dans la poubelle et j'ai collé mon oreille à la porte. Il y avait quelques petits bruits de grattement, de frottement, et parfois j'entendais qu'on murmurait mon nom.

C'était un instant vraiment surprenant.
Comme je n'arrivais pas bien à entendre et qu'on me demandait à l'intérieur, je suis entré dans la salle d'eau. Mais il y avait deux autres portes à l'intérieur, et l'une d'elle était fermée, et il y avait du bruit à l'intérieur. Alors je me suis approché, et j'ai entendu un rire. Il y avait un homme qui se lavait les mains, un que je n'avais jamais vu avant, mais il est parti très vite. Et de derrière la porte close on prononçait mon nom, à mi-voix désormais. Et on riait aussi, mais pas pour se moquer de moi, non, c'était plutôt un rire de soulagement, voire de bonheur. Et peu après la séduisante voix féminine me demandait d'entrer.

A ce moment là j'étais vraiment intrigué.
Alors j'ai ouvert la porte. Derrière, il y avait Céline. La jeune secrétaire aux cheveux roux et au visage timide et couvert de tâches de rousseur était à moitié nue. Elle était assise sur la cuvette et se prodiguait quelques plaisirs solitaires. Alors je fermais la porte derrière moi et m'asseyais pour l'observer. Elle me jeta un vague regard qui suffit à me soulever l'âme et à faire tourner ma tête. Je ne voulais pas intervenir tant qu'elle serait parfaitement autonome dans son plaisir. Une de ses mains s'agitait sous son débardeur, tandis que l'autre faisait de vigoureux mouvements entre ses cuisses. Parfois, je la voyais sursauter en émettant ce petit cri étouffé que j'avais entendu auparavant. Puis elle souriait et poursuivait ses investigations.

Le temps semblait s'être arrêté tellement la scène m'émerveillait.
Je commençais à avoir du mal à me contrôler et, bientôt, je l'imitais. Lorsqu'elle s'en rendit compte, elle me tendit sa main la moins occupée pour m'inviter à approcher et partager avec moi quelques uns de ses instants d'intense abandon. Elle m'imposa le parcourt qu'elle désirait, poussant et tirant ma main jusqu'à ce qu'elle ait parcouru chaque petit parcelle érogène de son corps. Elle conserva pour la toute fin cette dernière partie tendre et duveteuse, chaude et suintante, celle-là même qui est le bout du monde, car plus rien ne semble pouvoir exister après. Elle m'y fit faire ce qu'elle souhaitait le plus ardemment, et la sensation d'être son jouet me mit dans un état au delà du raisonnable. J'avais pénétré à son invitation sa partie la plus intime, et j'aurais été alors bien incapable de me débrouiller sans elle pour me guider.

Je passais les minutes les plus excitantes de ma vie, elles auraient pu en être la conclusion sans regrets.
Mais la partie n'était pas terminée, et elle se déplaça sur le bord de la cuvette, collant presque sa moiteur à mon visage. Son odeur était enivrante, mélangeant la fraicheur du lait de coco au délicat musqué féminin consécutif à une journée de travail. Tellement enivrante qu'elle termina de m'ouvrir l'appétit, ce genre d'appétit qui n'implique pour finalité aucune sorte d'aliment. Ce qui par chance me rendit quelques moyens. Alors, je commençai à la dévorer. Aimant garder le contrôle, elle prit ma tête dans ses mains et en fit le tour de nombreuses fois. Je me sentais à la fois libre et maîtrisé, audacieux mais contrôlé.

C'était une sensation proche de l'empatie.
Je savais ce qu'elle voulait, et je jouais avec ses besoins en tardant à lui combler. Lassée de ce jeu interminable, elle aggripa mon menton pour me soulever la tête et m'embrasser. L'idée que c'était la première fois que je l'embrassais alors que je connaissais déjà son corps par coeur voulut me traverser l'esprit, mais il était ailleurs. Son buste était désormais contre le mien, et nos corps se rencontrèrent naturellement. Ce divin assemblage s'effectua sans que je m'en rende compte au début, et la promiscuité du lieu participa à me laisser m'élever au dessus de toute considération physique. Et pourtant, je fus rapidement rappelé ici bas pour profiter du suprême instant, avant de m'affaler contre une des cloisons.

En réalité, je n'étais pas encore tout à fait revenu de là où elle m'avait envoyé.
Je restais dans mes rèves encore quelques instants, avant de réintégrer progressivement ma chair et ma conscience. Puis je rouvris les yeux, pour me découvrir seul, étendu sur un sol de carrelage étincelant, dans une cabine à l'odeur de plaisir toujours vive. J'aurais bien attendu qu'elle revienne pour tout recommencer, mais je me rendis compte qu'il était déjà tard, et elle avait dû rentrer. D'ailleurs, il n'y avait plus grand monde dans les bureaux. J'observais le dossier que j'avais abandonné à la poubelle auparavant, et décidais d'aller le déposer sur le bureau de son destinataire.

Et après je suis rentré, pour ne pas que tu t'inquiète. Un jour, quand j'aurais un bureau à moi tout seul, je t'emmènerais avec moi. L'atmosphère me semble toujours moins respirable sans toi. On veut que j'arrête de te parler et que je t'abandonne, mais sans toi je ne suis plus rien. Tu sais tout de moi, on est fait pour être ensemble. Et j'espère que tu vivras aussi longtemps que moi, ma petite cactusse.


A peine quelques jours après, deux avis de recherche furent déposés aux noms de Robert Paladros, directeur d'une agence d'importation de biens alimentaires, et de Florette Janbert, secrétaire comptable employée de la même entreprise. Les dernières personnes à les avoir vu sont les autres salariés de la SA Fretin Port. L'un d'entre eux, resté tard dans son bureau, les avait vu se diriger vers les toilettes, comme à leur habitude, et c'est apparemment de notoriété publique, à l'heure de la débauche, mais avait décidé rapidement de quitter les lieux avant que la situation ne devienne gênante. Puis, une semaine après, les employés commencèrent à se plaindre de l'odeur affreuse qui emplissaient les bureaux et cessèrent le travail. On fit venir une société de nettoyage qui fit à son tour intervenir la police suite à la découverte de deux corps dans la grosse gaine d'aération dont le conduit s'ouvrait entre autres sur les toilettes. Après expertise et enquête, il fut unanimement décidé que certaines positions du Kama Sutra présentent un fort danger potentiel lorsqu'elles sont pratiquées devant la trappe d'une gaine d'aération, et l'affaire fut classée. On remplaça les deux employés, et les familles firent leur deuil. Mais Trudy, l'affectueux cactus, s'entendit raconter l'histoire encore et encore, si bien que la mémoire des deux disparus resta vive au moins quelque part...
Retour à l'accueil