Comme tous les ans, un beau jour, l'été revient. Et avec lui, des hordes d'insectes illuminés : les mystiques. Ces petits vampires possèdent un pouvoir hors du commun, entretenu par des rituels complexes. La secte des Culicidae obéit ainsi à des principes séculaires qui rythment sa vie depuis bientôt cent soixante dix millions d'années.

Au commencement de son parcours initiatique, le mystique demeure immergé, pour une durée indéterminée, afin d'apprendre les lois qui régiront sa vie d'adulte élevé et de méditer sur sa condition d'insecte à l'espérance de vie relativement courte. De son repère aquatique, il honore alors tous ses ancètres, de préférence en même temps s'il veut progresser un jour, en demeurant principalement végétarien, ne faisant de repas que pour assurer sa survie. Et bien sûr, sans jamais cesser d'habiter ses croyances.
Lorsqu'il se sent prêt, le mystique entâme un jeûne qui durera deux jours et marquera son passage du stade de simple disciple au rang de méritant spirituel. Ces deux jours sont une épreuve pénible mais nécessaire dans la croyance Culicidaïenne, car il témoigne de la capacité de dévouement du-dit disciple.
Une fois l'épreuve passée, le mystique peut alors jouir d'une totale liberté, et s'accorde pour commencer quelques bombances sucrées. Puis, il se jette à corps perdu dans une orgie sexuelle indécente, apportant par là même la preuve de sa perversion mentale et justifiant ainsi l'utilisation du mot "secte" pour qualifier le mouvement auquel il appartient.

Mais jusqu'ici, cette organisation religieuse n'a fait de mal à personne. Et c'est immédiatement après la cérémonie d'accouplements multiples que la nuisance commence à se faire sentir pour la société. Aussitôt enivrées de gamètes, les femelles se lancent en effet dans une véritable chasse à l'homme, ne désirant plus qu'une chose : faire couler le sang jusque dans leurs abdomens indignes. Et c'est ainsi que, pour accroître la démographie de la secte, la femelle s'octroie moultes prélèvements sanguins sur nos compatriotes, afin d'en nourrir ses enfants monstrueux.
Cette pratique inquiétante rappelle quelques croyances catholiques au sujet de rites dits, à tort, satanistes. A la différence qu'il s'agit ici d'un véritable mode de vie développé et perpétué à travers des éons, et qu'il est ainsi toléré par l'autorité, bien que le peuple s'en plaigne à longueur d'été. Pourtant, au delà de l'aspect révoltant d'être ponctionné à son insu, il y a dans tout ceci un aspect des plus répugnants, constitué de repas de sang et d'orgies malsaines, que ceux qui contrôlent nos vies tâchent de nous interdire par tous les moyens qui s'offrent à eux.

Malheureusement, à notre niveau rien n'est possible pour lutter contre cette menace permanente aux bonnes moeurs. Qu'on le veille ou non, le meilleur moyen pour éviter l'exsanguination serait de se débarrasser de son sang avant qu'il ne soit pompé en pâture à des milliers de petits monstres. Seulement sans son sang, c'est soucieux de sa santé qu'on s'éteint certainement...
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