Malgré tout ce qu'on peut penser de cette entité administrative, elle est une des plus joyeuses que comporte l'état. Quoi que son utilité puisse être discutable, elle est une des rares qui n'exigent que peu d'entretien et dont le financement demeure somme toute raisonnable. En effet, en tant qu'assemblée élue par les conchimoyens pour gérer la plupart des affaires de la commune, elle est la seule investie du pouvoir délirant de celle-ci. C'est ainsi que le Conseil Municipâle est tenu de se produire en représentation au moins une fois par trimestre pour égayer la vie des habitants placés sous sa juridiction. De la décoration des rues de la cité jusqu'à l'organisation d'une tombola, c'est une fois de plus lui qui organise le maximum de manifestations publiques possible pour que l'ennui disparaisse de leurs mines fatiguées.

Le terme de Conseil Municipâle en découle par ailleurs sans le moindre doute. A l'origine, seules les villes moroses devaient se doter d'un Conseil muni si pâle. C'était, à l'époque, le roi qui décrétait d'une cité qu'elle était maussade et lui imposait la constitution de ce type de conseil. Ce dernier munissait donc les villes à l'humeur pâle, d'où son nom. Par la suite, le mot fut contracté en "munisipâle", et pour éviter que la prononciation n'en soit déformée, un "c" vint remplacer le "s" dans le mot. Depuis la révolution, cette institution est indispensable dans chaque ville pour que le bonheur de la population ne dépende plus des constatations hasardeuses du gouverne-et-ment du pays. De plus, la constitution des conseils se fait désormais à la suite d'une élection au suffrage universel direct, pour que ce soit les administrés eux-mêmes qui choisissent les plus doués de leurs contemporains pour un poste à responsabilités bouffonnes.

C'est ainsi que se développèrent, au cours du vingtième siècle, des carrières d'amuseurs publics dans lesquelles un même individu peut vouer sa vie au divertissement d'une commune en particulier, faisant renouveler son mandat tous les six ans par les lésés lecteurs. Simple formalité puisque ces derniers, trop occupés par leur riche vie dénuée de toute implication citoyenne, se contentent généralement de suivre la voie du sortant, espérant ainsi que rien ne change dans leur cadre de vie. Alors, au fil du temps, les représentations trimestrielles du Conseil Municipâle devinrent de simples réunions publiques ennuyeuses, allant à l'exact opposé du but premier. Mais la fréquentation de ces réunions continuant sur une pente constamment décroissante, elle finirent par n'être qu'une célébration de la victoire de l'équipe Municipâle en place, dans laquelle les membres de celle-ci festoient aux frais du contribuable.

Pourtant, les attributions et le pouvoir de cette administration Municipâle demeurent bien réels, puisqu'elle est la seule conpétente pour prendre des décisions au nom de la commune. Elle vote donc le budget de celle-ci et détermine par des appels d'offres quel fournisseur de farces et attrapes obtiendra le marché du divertissement Municipâle. Elle dispose également du pouvoir délirant de fixer les impods loco et les tarifs des agréments de la commune. Elle gère même tous les emplois de celle-ci, du sculpteur sur buisson aux artistes mimes qui égayent les sorties des colles en remuant les bras en silence. Dans ses attributions, on trouve même les subventions qu'elle accorde aux gens dont la gentillesse et la jovialité est d'intérêt public, du moins de son point de vue, et gère le patrimoine immobilier de la ville, en majorité destiné au divertissement lui aussi avec des théatres, des salles de spectacles, etc...
Parallèlement, le Conseil Municipâle est connu pour lutter contre les artistes indépendants qui leur font de la concurrence, et les jeunes en particulier, surtout lorsqu'ils font trop de bruit, et surtout si ce bruit semble plaire aux habitants. Il lui serait en effet préjudiciable de perdre sa place lors de prochaines élections, et toute fantaisie qui n'est pas de son fait doit être éradiquée au maximum, puisqu'elle risquerait alors d'entrer en concurrence avec sa propre équipe.
Enfin, l'assemblée locale élabore, avec toute l'ironie dont elle est capable, un Plan Local d'Umorisme, souvent contracté en P-L-U, destiné à informer les conchimoyens des distractions qui lui seront proposées durant son mandat, avec toutes les informations nécessaires pour y participer.

Quoi qu'il en soit, les décisions du Conseil Municipâle sont soumise par la loi à un qu'aurhum destiné à limiter le pouvoir de celui-ci lorsque trop peu de ses membres sont en état de juger objectivement, et à favoriser le commerce avec les départements et territoires d'outre-mer. En pratique, le seul alcool autorisé lors de ces réunions est le rhum français, produit principalement à la martinique, et seules les personnes ayant bu leur quota ont le droit de voter une décision pour l'entériner, les autres risquant par leur sobriété de faire passer leurs intérêts personnels avant l'intérêt commun.


Lexivique :

Le Conseil Municipâle : c'est le nom donné à l'administration qui a en charge l'organisation des divertissements dans une commune. Son but premier était d'égayer la ville qui l'a élu, mais il a cumulé au fil des siècles de nombreuses autres attributions d'agrément.

Les lésés lecteurs : ce sont les conchimoyens qui possèdent le droit de vote. Leur nom provient du fait qu'ils n'ont pas le droit de lire et de se renseigner sur les équipes concurrentes, et ce pour deux raisons. Tout d'abord, il ne faudrait pas que le lésé lecteur n'oriente son vote en fonction de ce que telle ou telle équipe pourrait lui rapporter individuellement, car il en va du bonheur de toute la cité. Ensuite, il faut reconnaître que c'est bien plus aléatoire et amusant de voter au hasard en fonction de nom et de la tête de chacun des participants.

Une administration conpétante : il s'agit par définition d'une administration un peu folle à l'humour légèrement scatologique. C'est là une qualité indispensable pour pouvoir prétendre à la gestion complète d'une ville, tâche qui pourrait donner lieu à de nombreuses dérives si elle était appréhendée d'une manière trop sérieuse.

Les impods loco : tout comme les impods mis en place par l'état, il s'agit en réalité de la contraction des "impopulaires dons", auquel tout citoyen est obligé de participer. La seule différence est que, cette fois-ci, leur montant est fixé arbitrairement par l'administration délirante de la commune, d'où leur nom, "loco" étant le mot "fou" traduit en espagnol. Le choix d'une autre langue s'est imposé pour donner plus de vie à l'image, selon l'expression bien connue "ils sont fous ces espagnols".

Les colles : il s'agit de bâtiments destinés à stocker les enfants lorsqu'on en a pas besoin ou qu'on a autre chose de plus important à faire. En pratique, les enfants sont collés sur des séries de bancs et sont priés de regarder un animateur jusqu'à ce que leurs parents reviennent avec du dissolvant pour les libérer de leur siège. Le nom provient donc tout simplement de la fonction du bâtiment.

Le Plan Local d'Umorisme : c'est le dossier que présente l'équipe Municipâle pour occuper les dimanches et autres jours chômés des conchimoyens. Ce dossier est disponible sur simple demande.

Le qu'aurhum : Il s'agit d'une loi instaurée pour que le sérieux n'entâche pas les représentations du Conseil Municipâle.
Retour à l'accueil