Comme souvent, c'est à l'aube, aux alentours de dix heures, qu'Yvan arrive au boulot. Ses collègues travaillent d'arrache pied la cafetière et parlent d'assaisonner la secrétaire du patron, le petite brune. Mais Yvan n'a pas le coeur à ça, et lorsqu'on lui demande s'il veut un café, c'est avec une mine renfrognée et dans un murmure qu'il refuse élégament. Il en a déjà pris un avant de venir, et n'a pas que ça à faire. Pour bien commencer sa journée, il va donc se servir un café et se plante devant ses collègues.
- T'as passé de bonnes vacances Yvan ?
- Quelles vacances ? J'ai pas arrêté de travailler. Je m'en suis même détruit la cheville en descendant de cheval. Tu vois pas mon plâtre ?
Voyant la détresse d'Yvan , le collègue n'insiste pas.
- C'est pas des vacances le cheval ?
- Ca coûte cher et y'a plus reposant.
- Ah d'accord.
- Le travail par exemple.
- Oui bien sûr.
Terminant son café, Yvan rejoint son poste de travail, pour enfin pouvoir se reposer.

Quelques minutes à peine après qu'il ait entamé l'exploration de sa seconde narine, le patron d'Yvan s'en vient à son chevet. Il porte une cravate rouge, signe qu'il tuerait bien quelqu'un aujourd'hui. J'en connais un qui va bientôt nous ramener une nouvelle quiche à assaisonner, se dit Yvan. Son patron avait attendu qu'il termine mentalement sa phrase avant d'intervenir.
- Bonjour, Yvan, comment allez-vous ?
- Mal.
- Qu'est-ce que vous vous êtes fait à votre cheville ?
- Mal.
- Comment trouvez-vous ma cravate ?
- C'est mal.
- Vous avez terminé le dossier bleu ? Celui avec les images dedans...
- Non.
- Vous pensez l'avoir terminé bientôt ?
- Tenez.
Un dossier bleu change de main, et un patron l'ouvre aussitôt. Il est vide. Même pas une feuille blanche pour égayer un peu.
- Vous me cassez les pieds Yvan.
- D'accord. Tenez-vous bien.
Le patron agrippe le bureau d'une main, et pose l'autre sur le mur à côté. De sous son bureau, son employé sort sa masse et l'abat une première fois sur un de ses deux pieds, brisant moults tarses et métatarses. Puis, il passe à l'autre pied avant de fignoler le tout à l'aide d'un petit marteau.
- Voilà chef.
- Merci...
Et le patron de repartir en rampant, faute de pied pour se tenir debout.

Suite à un début de matinée aussi éprouvant, Yvan décide de terminer en beauté en relevant son courrier. Il éteint son ordinateur et ouvre sa boîte aux lettres personnelle. Pas l'ombre d'une pub à l'intérieur, seulement quelques courriers personnels et une circulaire de la boîte. Déçu, Yvan jette le tout dans sa poubelle personnelle, et va jeter sa poubelle dans le conteneur, derrière le bâtiment. Puis il revient à son bureau et regarde la pendule murale, au dessus de la porte des toilettes. La journée s'annonce bien longue...
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