Chers Lecteurs,


Vous êtes de moins en moins nombreux à vous plaindre de la qualité des textes proposés ici. La baisse de fréquentation est telle que je crains qu'elle ne finisse dans les négatifs. Mathématiquement, c'est impossible, mais statistiquement, ça se peut, enfin je crois. C'est bien simple, de soixante visiteurs quotidiens nous sommes déjà tombé à seize, à peine, dont seulement deux consultent l'article du jour !

Alors à vous deux, amis lecteurs qui êtes certainement de ma famille, je dis merci. Je rends grâce à votre dévotion et à votre fidélité. Mais la cause n'est-elle pas vaine ? C'est peut-être une question que vous vous posez. Vous épuisez votre potentiel lecture à me lire, gâchant par là même toute ambition de finir le livre que vous avez commencé il y a bien longtemps déjà, et tout ça pour quoi finalement ! Une ruine qui s'effondre et menace de nous emporter tous dans sa chute, nous plongeant lentement mais très certainement dans les fondations obscures de la vacuité littéraire qui la portèrent jusque là. Non ne relisez pas la phrase, elle ne veut rien dire, c'était juste pour la formule. Vous portez de vos mains cette oeuvre à l'abandon, mais même la tiendriez vous haut au dessus de vous bras tendus qu'elle n'en émergerait pas forcément du vide intégral dans lequel elle se confond. Oui, j'aime bien les formulations incompréhensibles, mais avouez que je ne suis pas le seul, puisque vous êtes encore là !

La meilleure preuve de l'irréversibilité de cette déchéance profonde est la provenance des visiteurs, qui s'échouent ici en plus grand nombre lorsqu'ils font une recherche hasardeuse dans la mer de l'internet que lorsqu'ils souhaitent réellement et depuis le début arriver à notre destination favorite, ici même. Alors bien sûr, ces naufragés de l'intelligence ne restent pas longtemps, ils ne posent parfois même pas le pied sur la terre ferme. Où le pied est une métaphore pour l'oeil et la terre ferme pour la masse d'articles qui se succèdent dans les environs à raison d'un par jour.

Il faut dire que le rythme est dur à suivre, aussi bien pour vous que pour moi. Je n'ai parfois même pas le temps de lire ce que j'écris qu'il faut déjà écrire à nouveau. Le résultat, comme certains me l'avaient souligné sur le mot qu'ils laissèrent sur la porte du frigo avant de partir, est une baisse de qualité, entraînant irrémédiablement une baisse de la fréquentation. Imaginez une montagne, et une énorme cuve très profonde et pleine d'eau, disons une mer par exemple. Maintenant, visualisez le lecteur sous la forme d'une petite bille dans laquelle l'inertie fait sa loi. Ainsi, notre situation topographique, bien qu'aux cîmes extrêmes du bon goût (il faut bien que quelqu'un le fasse), repousse le lecteur, qui roule, roule, et roule encore pour s'échouer dans la grande cuve d'à côté et s'y enfoncer lentement (à cause de l'eau). Et finalement, il est plus dur encore de ressortir que de plonger, puisqu'en plus de la résistance de l'eau, il faut cette fois-ci vaincre la gravité. La cuve peut-être tout et n'importe quoi de très peu exigeant en matière de cérébralitude (spéciale dédicasse à qui vous savez*), comme une chaise longue, un barbecue, un magasine people ou beauté, ou encore une télévision (notez que la présence d'une antenne sur la télévision n'en réhausse pas significativement le niveau). Et vous deux, petits lecteurs courageux, vous êtes les deux petites billes qui aimeraient bien couler avec les autres mais êtes échouées dans le nid d'un aigle, qui se trouverait être moi. Voyez comme je pousse l'art métaphorique jusque dans ses ultimes retranchements.

Alors, pour vous soulager, et moi de même, dans votre quête de repos à durée indéterminée (mais vous pouvez remplacez le "o" par un "a" si vous le désirez), j'ai décidé à l'unanimité de moi-même, puisque de toutes façons nous sommes trois et que c'est d'abord moi qui compte le plus, de renverser le nid et de vous libérer pour une période, là encore, indéterminus, tout le monde descend. Lorsqu'enfin la réalité pécunière aura rattrapé nos concitoyens pour les extraire de leur fosse et les replanter devant un poste de travail duquel ils n'auront plus pour seul objectif que de fuir au plus vite, j'ouvrirai de nouveau mon refuge et j'y accepterai tous les exilés. Aucune ségrégation, déjà parce que je ne peux pas voir vos tronches de là où je suis, mais aussi parce que j'ai foi en vous comme en ma première couche qui, à l'époque, ne m'avait pas déçu. Enfin je crois que sinon, je m'en souviendrais. Peu importe oui en effet. Je vous laisse donc vaquer à de meilleures occupations, revenez me voir à l'occasion, et passez de bonnes vacances.

A très (très) bientôt !


Amicalement,
Stabbquadd.


PS : Amicalement ne signifie pas que je souhaite m'administrer une bonne demi dose de calmant pour clore ce chapitre de ma vie. Non aujourd'hui j'ai mieux à faire, on verra demain, et encore, demain j'ai prévu d'avoir la flemme, c'est pas gagné.


* Mais si vous savez bien de qui il s'agit ! La fameuse héritière du parler paralloïdre, initié par André Martel, la désorimière des ritournemains déconcernementieuse. Vous ne pouvez pas l'avoir déjà oubliée, vous avez voté pour elle, il y a à peine plus d'une année. Mais si, vous savez bien. Tenez, prenez un nain. Le genre hargneux assis sur son petit tas d'or, qui au delà même de toute convenance naine s'est fait faire une hache dorée ornée de pierreries qui le rend aussi efficace au combat que le caniche nain auquel il ressemble troubleusement. Vous l'avez ? Bon, maintenant mettez une femme en face, du genre Naissance de Vénus de Botticelli. Ajoutez-lui un parler couillon et saccadé, du genre qui s'arrête tous les deux mots pour réfléchir à comment sa phrase va bien pouvoir continuer. Bon, voilà, vous l'habillez d'un tailleur coincé genre pupute à Neuilly et lui offrez un père militaire du genre à taper sur les doigts, et vous avez le tableau au complet. La mèmère aimerait bien mettre le petit caniche en laisse et le balader dans son Neuilly natal, justement. Seulement voilà, contre toute attente, c'est le caniche qui musèle la mèmère, celle-ci même que vous n'arriviez pas à situer quelques lignes plus tôt. Vous vous souvenez avoir voté pour elle maintenant ? Toujours pas ? Vous êtes déjà en vacances vous, hein ? Je le sens bien. Bon allez, sortez de l'astérisque, je vous libère...
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