Comme nous l'avons déjà vu précédemment, l'homme a toujours eu des raisons de se plaindre, depuis la nuit des temps. Pourtant, son niveau de vie n'a jamais cessé de s'améliorer, parfois à une vitesse telle que d'une génération à une autre on pouvait se permettre de dire que les jeunes ne se rendent pas compte de leur chance, de mon temps c'était pas comme ça, je vous en foutrais moi, ce qui leur faudrait c'est une bonne guerre, et ils nous détraquent le temps avec leurs portables. Enfin, pour les plus récents des anciens, cela va de soi. Et pourtant l'ascension n'était pas toujours évidente vers notre confort actuel, et même de nos jours il existe des êtres humains, qui ne méritent pas spécialement moins bien que nous, voire plutôt le contraire, et qui n'ont pourtant même pas de quoi satisfaire leurs besoins physiologiques. Et je ne parle pas de toilettes avec petite fontaine intégrée là, mais bien d'eau et de nourriture.

Penchons nous sur la pyramide des besoins de l'ami Maslow. Par chance elle n'est pas trop grande et nous devrions pouvoir la voir entièrement même en étant penchés au dessus. Que nous dit notre défunt psychologue. Il nous raconte que ce que recherche un Homme avant toute autre chose, c'est l'accomplissement de ses besoins corporels nécessaires à sa survie. A la survie de l'Homme hein, pas du psychologue, je vous l'ai dit, il n'est déjà plus de ce monde, et sa survie est donc fortement compromise. Ces besoins sont les suivants : respirer, boire, faire ses besoins, manger, dormir, se réchauffer, faire l'amour. D'emblée, on remarque que l'Homme est exigeant. Au point même qu'il inclut dans ses besoins celui de respirer, alors qu'à ce que je sache, personne ne l'en empêche, ou alors pas longtemps lors de désaccords physiques. De même que faire ses besoins, hein, franchement, que celui qui n'a jamais fait ça en forêt me jette la première pierre. Quand on sait qu'au départ il n'y avait que ça, des forêts, on se demande bien ce que l'Homme veut de plus de ce côté là. Dormir et se réchauffer, et je les mets volontairement ensemble pour une bonne raison que je me garde pour moi, sont déjà moins évidents. Pour dormir il faut un minimum de calme, et pour se réchauffer il faut pouvoir se couvrir ou faire un feu. Et même si on peut se dire que là encore personne ne nous empêche de passer une laine ou de se mettre dans un coin tranquille pour sommeiller, allez raconter ça aux vagabonds morts surgelés dans une rue froide et humide (ou sur une place au milieu des badauds) ou au petit Chinois mort de fatigue après trois jours de jeu dans un cyber-café ! Quoi que pour le second on peut remarquer qu'il s'est délibérément laissé priver de cette possibilité, sans doute un suicidaire en manque de reconnaissance, passons.
Il nous reste donc manger et boire. Oui ce n'est pas tout, mais je garde le meilleur pour la faim. Que je suis drôle. Bref. Nous savons qu'environ une personne sur huit dans le monde n'a pas suffisamment à manger pour répondre aux besoins énergétiques minimum. Ce qui en fait très certainement le besoin vital le moins bien comblé par l'humanité, lorsque paradoxalement certaines parties du monde gaspillent la moitié de leur nourriture. Passons.
Enfin, faire l'amour s'avère à mon grand étonnement être un besoin, mais après tout je ne trouve pas ça plus mal, ça donne à tout le monde une bonne excuse pour s'envoyer en l'air dans tous les sens. Bizarrement, aucun chiffre ne vient nous faire honte à nous petits veinards qui baisons à notre appétit (sexuel) en nous expliquant combien de personnes souffrent de malbaise et combien en meurent chaque année. Gageons que les chiffres sont tels qu'on préfère ne pas nous les révéler, afin d'éviter un massif mouvement de panique débouchant par conséquence sur l'emboîtement multi-orificiel de millions de personnes en même temps. Ca ferait désordre, dans un pays sérieux comme le notre.

Que nous reste-t-il officiellement. Une bonne partie de la population mondiale s'en retourne déjà aux premiers âges de l'humanité pour ne pas pouvoir répondre à ses besoins vitaux. Et encore, je ne prends pas en compte les chiffres du manque de sexe, tout d'abord parce que je n'en dispose pas, et ensuite pour éviter le risque de ne plus voir figurer sur la liste des heureux vivants que quelques centaines de personnes. Mais globalement, dans notre pays, nous avons très peu de problèmes et quoi que nous ne soyons pas très féconds (à défaut d'être faits cons, je sais, c'est médiocre) nous nous portons en moyenne plutôt bien.

L'Homme ayant la chance d'être encore en jeu ne devrait donc pas trop se plaindre, puisqu'il fait déjà partie d'une certaine élite. Pourtant, l'Homme en veut toujours plus, et la pyramide, là, au dessus de laquelle nous sommes toujours si vous n'êtes pas partis trop loin pendant que je vous racontais mon histoire, un peu longuette j'en conviens, la pyramide, donc, de Maslow, Abraham de son prénom, oui comme, et bien, comme Abraham quoi, et comme c'est amusant aussi, quoi que, mais où j'en étais, ah, oui, la pyramide des besoins de Maslow nous dit que l'Homme, lorsqu'il est en mesure de survivre, souhaite alors, et c'est marqué dans le bouquin là, au premier étage de notre édifice, puisque le premier étage était un rez-de-chaussée, mais sans jardin, l'Homme veut sa sécurité. Attention, cela ne signifie pas uniquement un flic devant chaque porte et une caméra sur chaque reverbère. Non, cela signifie également que l'Homme souhaite que ses repas du lendemain soient assurés, sous entendu qu'il ne se demande pas s'il va bien pouvoir becqueter quelque chose, et qu'il ait un toit, si possible avec un lit en dessous et des murs autour. Et accessoirement, il aimerait bien pouvoir se laver, parce que là, l'Homme pue au point que ça le gêne lui même.
On remarque par ailleurs que l'Homme, et même le Français, en bon hypocrite qu'il est, continue de faire valoir une déclaration des droits de l'homme et du citoyen dans laquelle il garantit à tout humain le droit d'obtenir de quoi combler tout ce dont nous avons parlé jusqu'ici (quoi que je n'ai pas beaucoup vu de sexe dans cette déclaration, ça manque), papier qui fut pourtant rédigé en France, et qu'il ne respecte, l'Homme, qu'à la condition que ça ne lui coûte ni argent, ni temps, et que ça ne lui fasse pas perdre non plus une opportunité d'en gagner, même s'il en a déjà assez pour lui, sa famille, sa commune, son département, voire même sa région ou son pays, si son pays est petit et que notre bonhomme est vraiment riche, ce qu'il est certainement.

Où en sommes nous dans les comptes. Mon dieu, mais c'est l'hécatombe ! Moi-même, j'hésite à rester dans la liste des gens sans soucis, puisque c'est ce de quoi nous parlons : avoir un repas et un toit garanti, moi, je n'ai rien contre, hein, franchement. Même si pour ça je dois empêcher le vicomte de la crémaillère de nourrir son chien avec du foie gras et le négrier de l'industrie musicale d'avoir plus de trois voitures de luxe et de s'habiller sur mesure. Malheureusement, dans notre pays, où nos besoins vitaux sont globalement assez bien assurés, la solidarité est loin d'être de mise, et il faudrait pas qu'on s'endorme sur nos lauriers en croyant que la sécurité totale, ça va de soi, et qu'il n'y a pas besoin de se casser le cul pour ramener trois croutons mouillés pour nourrir ses gosses le soir. Mais soyons optimistes, et disons que plus de la moitié d'entre nous n'ont pas de soucis immédiats, et j'entends par là que nous ne nous inquiétons pas pour le lendemain, mais seulement le jour qui suivra, ouf, nous voilà rassurés, et je reviens sur la liste. Super, je suis heureux, et privilégié.

Mais ça ne me suffit pas. Oh que non. L'Homme n'ayant aucune préoccupation majeure, il se met à vouloir autre chose. Et ça se complique plutôt. Voilà que celui-ci souhaite désormais se sentir aimé. Aimé avec ou sans grand A, aimé par des amis, sa famille, ou/et une âme soeur. En effet, l'homme voyant qu'il n'a plus rien à espérer de la vie en tant que telle, il se met à vouloir plus. Et par plus, il entend une identité qui le caractérise et le définit, il veut que son nom soit connu et l'entendre prononcé, aussi souvent que possible. Et c'est là que la machine commence à se détraquer. L'Homme n'a plus besoin de rien, mais il a envie de tout, et surtout de la reconnaissance des autres, de leur considération. Sauf que l'Homme aime aussi se distinguer, et trouve que la simplicité, ça va cinq minutes, mais qu'on s'ennuie vite fait, et qu'il vaut mieux innover, comme ça on prononcera son nom encore plus souvent qu'à l'accoutumée. Par ailleurs, il n'a plus aucune raison de se plaindre, et il faut avouer que ça commence à lui chatouiller les cordes vocales. Alors, l'Homme s'inventa des maladies qui ne sont causées ni par un manque, vitamine, sels minéraux, nourriture, ... ou quoi que ce soit d'autre, ni par un excès, virus, microbe, bactérie, parasite, ... mais seulement par lui même.

Prenons le cas de l'anorexie mentale. Le pauvre patient a tout pour être heureux. Il peut manger à sa faim, dormir quand il veut, au chaud comme au froid selon ses envies, il peut se laver, et n'a pas à s'inquiéter pour le lendemain. Seulement voilà, sa vie est foutrement ennuyeuse et l'Homme est trop timide ou trop con pour se l'arranger tout seul. Aller vers les autres, ce serait une preuve de faiblesse, ce serait reconnaître qu'il n'est pas le centre du monde. Et incarner le nombril du monde, c'est sa plus vive ambition. Alors l'Homme décide qu'à partir d'aujourd'hui, et bien même s'il a assez à manger, il ne mangera pas. Et les autres Hommes de le regarder bizarrement en se disant que s'il ne finit pas son assiette, alors lui la finira à sa place. Et que s'il n'y touche jamais, il va très vite devenir son meilleur ami. Très vite, de nombreux Hommes tournent autour de notre spécimen, qui se délecte de l'attention qu'on lui porte. Maintenant qu'il est satisfait, il pourrait s'arrêter là. Possible. Mais lui portera-t-on toujours autant d'attention ? Peu de chances. Alors, le fou continue, pour le plus grand plaisir de son voisin de table.
Jusqu'au jour où un Homme, très savant, avec la barbe et tout, décréta que voilà, ce n'est pas des manières, et si quelqu'un a tout pour vivre agréablement mais s'y refuse, c'est qu'il est malade. Et là soyez bien attentif. Le malade devient alors une victime, ce qui implique donc qu'il n'a pas le choix, comme vous quand votre nez se bouche vous ne pouvez pas choisir de ne plus être enrhumé ! Le patient, lui, est satisfait. Non seulement on s'occupe de lui et il a des amis, mais en plus il devient scientifiquement intéressant. Super, ne nous arrêtons pas en si bon chemin, et restons à la limite de la survie, histoire que tout le monde redouble d'effort pour qu'on ne crève pas comme on le devrait.
Alors oui, on me dira que l'anorexique est "dégoutté" par la nourriture, et qu'il lui est impossible de l'avaler. J'y aurais pu voir de la compassion pour les victimes de sous-alimentation, mais non, même pas, notre malade s'en fout totalement, du tiers-monde, ce qui lui importe, c'est qu'on s'occupe de lui, point, final. J'ai bien suggéré qu'on procède à un échange humain et humanitaire, où chaque anorexique irait dans un pays souffrant de famine, ce qui serait certainement son petit coin de paradis, puisqu'il ne mange pas et qu'il y fait généralement beau, tandis qu'en retour une ou plusieurs victimes de cette même famine prennent sa place dans son pays "civilisé" (comprenez par là que les gens s'inventent leur propre problèmes ou en créent à leurs voisins, à défaut d'en avoir à leur venue au monde), puisqu'avec ce qu'un anorexique ne mange pas on pourrait nourrir plusieurs personnes sous-alimentées. Malheureusement, personne n'a écouté ma proposition, tant pis, je reste dans mon coin et je remets mon bonnet d'âne.

La boulimie est encore plus intéressante. C'est une phase dans laquelle une personne ne peut pas s'empêcher de manger des tonnes pour aller par la suite tout vomir dans ses chiottes. Et là je me marre. Comment un scientifique peut-il me dire qu'un être humain qui visiblement est incapable de contrôler ses muscles effectue comme de par hasard tous les gestes du repas pendant plusieurs heures dans la journée, occupant le reste de son temps à le régurgiter dans la cuvette ? Imaginez un boulimique. Laissez-le chez lui, sans nourriture aucune excepté une demi baguette, une barquette de jambon et un peu de fromage frais. Fermez à clé, et remuez quelques instants. Le lendemain, ouvrez. J'ai comme dans l'idée que notre boulimique aura réussi à ne pas manger pendant toute la journée, excepté un repas plus ou moins équilibré, mais néanmoins bien en deça de la moyenne calorique quotidienne d'un individu quelconque. Comme c'est étrange, aurait-on trouvé une solution aux problèmes de boulimie ? Plus amusant, attachez le boulimique à sa chaise, bras compris, et disposez sur la table en face de lui un véritable festin. Fixez la chaise au sol, au cas où. J'ai dans l'idée que même si vous vous absentez longtemps, à votre retour le boulimique aura réussi à éviter de se goinfrer comme un con. Ha ha, bravo, vous êtes guéri.

Mais ce ne sont pas les seules affections que l'Homme se fabrique tout seul pour se faire plaisir quand il s'ennuie un peu. Regardez le stress. Un véritable fléau nous dit-on. Pourtant, l'Homme stressé, à la base, ne l'était pas. Il l'est donc devenu dans une situation précise, qui le dépasse. Et que fait-il pour sortir de cette situation ? Rien. Il stresse justement de peur que sa situation évolue d'elle même ! Paradoxal ? Peut-être. Idiot ? Certainement. Attention, je ne parle ici que des pays "civilisés", dans les autres il s'agit plutôt d'angoisse, de peur, ou de quoi que ce soit qu'on peut ressentir lorsqu'on risque de crever de faim si on ne produit pas cinquante paires de chaussures par jour alors qu'on a que neuf ans. Non, je ne parle que du stress du cadre payé suffisamment par mois pour faire vivre le dit gamin de neuf ans plusieurs années sans soucis, mais qui stresse parce qu'il ne voudrait pas perdre son travail, étant donné que ça signifierait pour lui une indemnité, un repos obligatoire, des allocations, et la perspective de passer plus de temps avec sa femme et ses gosses, tout en zyeutant de temps à autres les offres d'emploi au cas où l'une d'entre elle le séduise. A croire que l'Homme civilisé déteste sa femme et ses gosses...

La pyramide des besoins n'est pas terminée, et pourtant on voit que déjà, au deuxième étage, l'homme commence à perdre les pédales. Et combien de personnes disposent des trois premiers étages au complet ? En fait, une fois le premier étage satisfait, il suffit de se saisir du second, c'est tout. Mais c'est trop simple, et beaucoup ne voient pas qu'ils ont déjà tout sous les yeux et qu'il leur suffit de recomposer un puzzle à la portée d'un enfant de trois ans pour profiter de la chance qu'il a.


Conclusion : L'évolution, c'est croire qu'on est le plus à plaindre alors qu'on est plutôt parmi les derniers : se créer des problèmes artificiels, pour mourir plus, mais de façon remarquable.
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