Max rentrait de sa sortie de réparation du panneau latéral lorsqu'il constata que tout l'équipage du vaisseau était mort dans d'atroces souffrances. Par précaution, il conserva sa combinaison spatiale et entreprit de découvrir ce qu'il s'était passé. Il se doutait prendre un risque en restant sur les lieux d'un incident d'une telle portée, puisque pas moins de cent vingt sept personnes étaient mortes dans les cinq heures qu'il avait passées à l'extérieur. Mais son seul autre choix aurait été de quitter le vaisseau à pied, et l'espace ne lui offrait pas le moindre sol palpable qui lui aurait permis de se propulser jusque chez lui. Alors, donc, il enquêta. Par chance, il existait une procédure pour ce cas de figure, à savoir dans le cas où tout le monde mourrait sauf, miraculeusement, un petit groupe d'Hommes sortis comme de par hasard à ce moment précis, et constatant à leur retour une catastrophe suffisamment conséquente pour leur permettre de gagner leur vie, plus tard, en vendant leurs mémoires à une maison d'édition. Cette fois-ci, le groupe d'Hommes se résumait à Max, mais la procédure était la même, et de toutes façons, l'ordinateur de bord était capable de la mener tout seul à son terme. Mais, réservant toute sa puissance aux analyses multiples que demandait le processus, il ne pourrait plus s'occuper du choix des trajectoires optimales pendant un petit moment, forçant Max à prendre les commandes, à reculons.

C'est ainsi qu'une demi-heure après, Max fut averti par une voix synthétique très chaleureuse que la contamination du circuit d'eau potable par une superbactérie destinée à la décomposition des déchets était responsable de la catastrophe, et qu'un élément au moins du panneau latéral était défectueux et requérait son attention. "Mince, j'en viens...", se dit Max. Absorbé par cette nouvelle déconcertante, Max s'équipa pour retourner contrôler le dit panneau afin de vérifier qu'il n'avait pas fait de connerie, lui qui n'avait jamais eu de chance. Mais la défaillance du jour ne fit pas exception à la règle. En replaçant une plaque de tôle à l'intérieur de la trappe latérale, il l'avait fixée au moyen de vis trop longues. Et comme il n'avait pas pensé à bien ranger les tuyaux qu'elle abritait dans leur étui respectif, une des vis les avait entamés tous les deux. Malheureusement, l'un des deux acheminait l'eau potable à tout le vaisseau, tandis que l'autre transportait une épaisse bouillie de micro-organismes surpuissants destinés à décomposer les déchets de l'équipage afin d'en recycler les principaux composants. Mais seulement après moults filtrations et réactions chimiques inexpliquables en quelques lignes, exemptant leurs produits de toute présence pouvant nuire à l'humain. Le résultat s'était vite fait ressentir. Une minute après son erreur, toute l'eau du circuit interne était contaminée. Au bout d'une ou deux heures, pratiquement tout le vaisseau en avait bu. Et lorsque Max était rentré, au terme de quatre longues heures de dur labeur, plus les étapes de décontamination par sas interposés et autres procédures de réintégration, tout le monde était décédé, tordu de douleur dans une grimace effrayante. Et il suffirait d'une journée à peine pour que tous ces corps sans vie soient intégralement décomposés et puent comme ils n'avaient jamais autant pué auparavant.

Mais ce n'était sans doute pas le plus grave problème de Max à l'heure actuel. Celui-ci, parti constater son erreur, avait laissé les commandes du vaisseau livrées à elles mêmes. L'ordinateur, de son côté, poursuivait son inspection générale, ne réalisant même pas que l'intérêt de ses découvertes serait fort atténué une fois que le vaisseau lui même aurait été détruit par une collision avec un débris spatial. Quand Max comprit son erreur, il était déjà trop tard, ou presque. Un astéroïde de dimension colossale faisant écran à la trajectoire de son petit navire, en comparaison. Il se précipita à l'intérieur du vaisseau, autant qu'il pu, et négligea même quelques précautions de sécurité dont l'urgence le dispensait sans nul doute, telles que le compte-rendu de sa sortie, la décontamination de sa combinaison, ou encore le quart d'heure à attendre dans une salle vide pendant que l'annexe du système central analyse un échantillon de son sang afin de résumer son état de santé, son moral, la famille, les amis, etc...
Quoi qu'il en soit, il arriva bien trop tard pour freiner suffisamment le bâtiment dont l'inertie gênait toute tentative de manoeuvre d'urgence.

Alors, Max, son vaisseau, et l'ordinateur de bord, tous percutèrent violemment cet étrange astéroïde ovoïde.

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