La dernière fois, je vous avais laissés sur une interrogation à laquelle vous aviez correctement répondu sans l'avoir comprise. Vous devriez vous en souvenir, puisque vous avez révisé juste avant d'entamer la troisième leçon, n'est-ce pas ? En parlant de la suivante, j'avais seulement dit "Is it today ?", ce à quoi, ne comprenant que "Est-ce quelque chose ?", vous aviez d'une seule voix répondu "No !". Ah ça y est, ça vous revient. Aujourd'hui, pour éviter que vous alliez vous éparpiller, je vais vous expliquer de quoi il s'agissait. Oh peut-être pas immédiatement, mais si vous ne suivez pas, vous risquez de le rater. Et hop, je vous ai désormais captifs de mon baratin, et je n'ai plus besoin de me presser. Alors, commençons d'abord par voir les théories que vous avez échaffaudées pour comprendre ma phrase. Cette leçon, donc, est-elle... quoi ? "Intéressante" vous me dites. Qu'est-ce qui vous fait penser ça ? Qu'on ait répondu non tous ensemble après. Mais vous êtes très drôles ! Vous perdez votre temps à apprendre l'anglais, faites plutôt de la télé, vous êtes parfaitement au niveau. Est-elle... quoi d'autre ? "Difficile" ? Vous avez vraiment tant de mal à suivre ? Vous exagérez, je ne vois pas comment être plus clair. C'est pas grave, laissez tomber, et allons-y.


A et AU :
Ces deux prépositions qui n'en sont qu'une seule sont très importantes dans notre langue. Elles servent à, justement, plein de chose. Pour un usage, on dira "à quoi" se destine un objet. Pour une appartenance, on dira "à qui" est l'objet en question. Pour une destination, on dit "aller à" l'école. Et parfois, le "au" viendra le remplacer : "Ca sert au travail du bois, ça appartient au Syndicat et ça va aller au fond de l'atelier". Finalement, ces deux prépositions servent de pont entre l'objet dont on parle et sa réalité. Elles précisent qu'on ne change pas de sujet, qu'on est toujours dans le même contexte. Les Anglais, eux, ont poussé cette utilisation encore plus loin et l'utilisent même pour différencier l'infinitif de leurs verbes de toute conjugaison, étant donné qu'elles sont souvent toutes très similaires, malgré notre premier exemple. Seulement il leur était impossible de garder le "à", puisque chez eux cette lettre sert déjà à dire le "un" démonstratif. Alors, puisque la préposition servait à tout, c'est ainsi qu'ils la traduisirent : "to". Etre se dit en fait "to be", et non seulement "be" comme je vous avais indiqué d'abord pour ne pas vous perdre.
Attention : vous vous souvenez du "o" de "woman", puisque vous avez révisé. Et bien le "o" de "to" se prononce pareil, d'où le rapport avec notre mot "tout" en français, la prononciation étant la même. On dira donc "tout bi" lorsqu'on verra "to be". Et oui, ce n'est pas toujours très simple, mais rendez-vous compte, l'anglais c'est toujours utile, presque.

JOUR :
Même si vous ne pouvez pas encore vous servir de ce mot, il est important que vous le sachiez. Il pourra vous servir dans de multiples situations, à commencer par la suite de cette leçon, vous verrez. Mais comment les Anglais ont-ils traduit le jour ? En fait, ce qu'il faut savoir et que vous avez certainement déjà remarqué, c'est que les Anglais sont très joueurs. Et pas qu'avec les mots ! Des cartes, des pions, des dés, des jetons, ils en raffolent. Au point de vouer leur vie au hasard. Quand on est anglais, on ne travaille pas tous les jours (vous voyez, encore un "jour" juste là) à la même chose. Non, on préfère tirer au sort ce à quoi chaque journée sera consacrée. Pour ce faire, chacun a sa méthode. Ceux qui ne savent pas faire grand chose tirent à pile ou face avec un jeton. Ceux à qui rien ne fait peur et dont la liste des choses à faire est plus longue que le bras tirent une carte au hasard. Mais la plupart des gens, ceux qui ont quelques occupations et quelques corvées, les tirent au dés. Alors, à chaque jour correspond un nouveau tirage de dé. "A chaque jour suffit son dé", comme on dit souvent. Les anglais nommèrent donc tout naturellement leurs jours "days". Sans le "s" quand il n'y en a qu'un, "day".
Attention : pour prononcer correctement, il est nécessaire de simuler l'accent anglophone, lassif et doux, voire même traînant et mou. Alors, "day" ne se dit pas "dé", brutalement comme en français, mais "deille", comme dans "abeille", avec un "d" et sans le "a" du début. Deille. Voilà, vous l'avez là, ne le lâchez plus, deille. Magnifique. Suivant.

QUOI, QUEL, QUE :
Ces pronoms interrogatifs sont très proches les uns des autres. Ils transmettent l'interrogation et s'utilise dans les même circonstances pour les mêmes raisons. Si je veux savoir ce que vous faites, je pourrais dire "QUE faites-vous ?", ou plus familièrement "Vous faites QUOI ?", ou d'une manière certes très pompeuse mais néanmoins correcte : "Sur QUEL travail vous évertuez-vous ?". En gros, le "quoi" est là pour demander de quoi (justement) il s'agit. Il dépend donc complètement du verbe et de ses compléments placés dans la même proposition. "Quelle heure est-il ?" n'aura pas la même réponse que "Quel temps fait-il ?", les deux phrases ayant pourtant le même nombre de pieds, le même mot final, le même pronom interrogatif, à quelque accord près. On l'utilise même avec les "à" et "au" vus plus haut, pour demander des précisions sur le sujet dont on parle, comme dans "A quoi ça sert ?" ! Les Anglais, eux, n'ont pas trouvé l'utilité d'avoir plusieurs mots pour dire exactement la même chose. Alors, ils n'en eurent qu'un seul, "what". La formation de ce mot est assez amusante. L'Anglais, en bon provocateur qu'il est comme nous l'avons bien vu jusqu'ici, choisit un seul mot pour en remplacer plusieurs, qu'il composa avec des lettres parmi les moins utilisées. Le "w", par exemple, n'est ni vraiment une consonne, ni tout à fait une voyelle. A ce titre, on évite de trop l'utiliser. L'anglais, lui, le mit donc bille en tête dans un mot crucial, afin d'être certain que toute tentative d'apprentissage de l'anglais nécessiterait l'usage de cette lettre. Et pour couronner le tout, il le fit suivre d'une lettre qu'il savait parfaitement inutile, le "h", qui ne sert qu'à gêner la liaison de certains mots comme les haricots ou les handicapés, et à former la pseudo-consonne "ch" avec son copain le "c". Le "what" naquit donc à partir des miasmes des lettres lésées par notre belle langue.
Attention : après avoir composé un "what" défiant toute logique, l'Anglais lui affubla une prononciation insensée, pour être certain de pouvoir se foutre de la gueule des touristes, peu importe leur origine. Pour réussir à le prononcer, il vous faudra d'abord faire un petit exercice. Faites un "o". Allez, prononcez-le. Bien, maintenant, gardez-le, et faites-le glisser vers un "a". Stop ! Arrêtez-vous à la moitié du chemin. Maintenant recommencez l'exercice, mais partez d'un "ou", passez doucement sur le "o", et bloquez à la moitié du chemin vers le "a". Répétez l'opération plus vite. Encore, mais maintenant, laissez traîner votre langue sur le bord de votre palais pour faire entendre un timide "t". Bravo, vous l'avez, "what", et vous ne l'avez même pas vu venir !

Bravo, vous savez désormais demander "Quel jour est-il ?", "What day is it ?" !
Le problème, c'est qu'on risque de vous rétorquer "De quoi tu parles ?". En effet, n'ayant pas précisé l'objet de votre requête, à savoir le jour présent, vous n'obtiendrez pas de réponse. Il faudrait dire "Quel jour est-il, aujourd'hui ?" pour que l'anglais comprenne votre question. Alors, voyons comment nous allons effectuer ce prodige.

AUJOURD'HUI :
Qu'est-ce que ce mot bizarre, aujourd'hui ? En fait, pour le comprendre, il suffit de le décomposer. Au, jour, de, hui. Ah ah, vous dites, "hui", ça veut rien dire, si y'a pas "aujourd'" devant. Et bien en vérité, si. Le dictionnaire l'a oublié, mais ce mot a existé, et il voulait dire... aujourd'hui ! "Attends deux secondes, si on te suit bien, aujourd'hui veut dire en fait au jour d'aujourd'hui ?" Et bien oui ! Cent fois oui ! Ce mot est un pléonasme à lui tout seul. Et l'expression "Au jour d'aujourd'hui" montre bien la dérive de la langue vers la récursivité de ce mot. En fait, si on en est venu à dire "Au jour d'aujourd'hui", cela prouve bien que, déjà, le hui témoigne du jour présent. Peut-être que d'ici quelques siècle le jour présent se dira "aujourd'aujourd'hui", et qu'une expression naîtra pour dire "au jour d'aujourd'aujourd'hui", prolongeant ainsi le cercle vicieux de l'origine de ce mot. Mais alors et l'Anglais, il fait pareil ? Non, l'Anglais, lui, nous trouve stupides avec notre mot composé d'un autre mot qui veut dire la même chose. La récursivité du langage, très peu pour lui. Il aime bien faire l'idiot quand ça emmerde le monde, mais il va pas se tendre un piège à lui-même, l'Anglais n'est pas con. Alors, après de rudes négociations avec ses pairs, ils décidèrent de reprendre seulement "au jour", évacuant ainsi le mot "hui", qui traîne derrière lui cette affreuse malédiction qui doit le faire enfler pour l'éternité. L'Anglais ayant déjà un mot pour "au", et un autre pour "jour", il se contenta de les assembler comme deux briques de Lego. Il y fit "today".
Attention : souvenez-vous bien de la prononciation de "to" et de "day" pour prononcer leur addition. Il vous faudra donc dire "toudeille" pour qu'un anglais entende "today".


Et voilà, vous êtes maintenant capables de demander le jour d'hui d'une manière qui pourra vous valoir d'obtenir une réponse. "What day is it, today ?", "Quel jour est-il, aujourd'hui ?". Je sais,  vous dites plutôt "On est quel jour aujourd'hui ?", mais ce n'est pas très distingué et l'Anglais ne le comprendrait pas. N'oubliez pas que le mot gentleman est un mot anglais, et qu'il définit justement l'Anglais lui même, qui se refuse à des familiarités du calibre de "On est quel jour ?".
Quoi qu'il en soit, je me rends maintenant compte d'une chose : même si vous savez demander le jour, vous ne savez pas encore l'interpréter ! Seulement voilà, je n'ai plus le temps aujourd'hui, la séance est terminée, et ce sera donc le sujet de ma prochaine leçon, qui s'annonce haute en couleurs. Vous n'imaginez même pas le bordel que c'est, les jours de la semaine. Ca nous demandera peut-être même deux séances, nous verrons sur le moment.
Cette fois-ci, je ne vous sors pas de phrase intrigante qui vous oblige à revenir la fois prochaine, car je sais que vous viendrez de vous-mêmes pour pouvoir comprendre la réponse qu'on vous donnera à "What day is it, today ?" !
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