Je n'ai vraiment pas envie aujourd'hui...
Comment expliquer ces manques de motivation, parfois totalement indépendants du moral ? Pourquoi, dans les mêmes conditions d'humeur et d'environnement, on pourra vouloir une chose un jour, et autre chose le jour suivant ? Qu'est-ce qui peut bien nous permettre de varier les activités, et qui nous bloque lorsqu'on tente de ne se concentrer que sur une seule d'entre elles à longueur de temps ? En fait, la réponse à toutes ces questions tient dans le titre de cet article, la motivation, et dans son fonctionnement. Une mission divinement confiée à un mécano, Henri, qui vous a bricolé un système aux petits oignons. Howard Gardner, avec ses intelligences multiples, s'est rapproché sans le savoir de la connaissance de ce système. Seulement son domaine de recherche ne concernait pas la volonté mais la capacité déployable dans une activité par un individu. Du coup, il est passé à côté. Mais laissez-moi vous expliquer comment Henri a conçu la machinerie de notre âme, en ce qui concerne son domaine bien précis, la motivation.

Imaginez-vous une boîte. A l'intérieur, il y a des piles de couleur, plus ou moins grosses. Chacune de ces piles fournit l'énergie nécessaire pour avoir envie d'une activité précise. Il y a une pile rouge, pour l'amour, une pile jaune, pour le sport et les dépenses physiques, une pile verte, pour le contact avec la nature, et bien d'autres encore. Chaque activité pompe l'énergie d'une de ces piles, ou en mélange plusieurs. Bien sûr, personne n'a le même schéma de batteries, et ainsi, certaines personnes auront un compartiment sportif plus grand que d'autres, et pourront alors aller plus loin dans une activité de ce type. Globalement, tout le monde a la même taille de boîte, seule la taille des piles change, et si vous avez plus de l'une, vous aurez nécessairement moins de l'autre. Mais être mieux loti pour une activité ne signifie pas être meilleur, car je vous rappelle qu'on ne parle ici que de motivation. Heureusement, la taille des piles est variable et s'adapte à vos besoin. C'est un système qui peut sembler complexe, mais finalement, pas tant que ça.

Quand on s'adonne à une activité, on use la pile correspondante. Jusque là vous me suivez. Lorsque la pile est à la moitié de sa capacité, votre envie de poursuivre disparait. La plupart du temps, vous allez faire autre chose, mais parfois, vous n'avez pas le choix, et vous pousuivez. Quand la pile est au quart de sa capacité, vous commencez sérieusement à en avoir marre. Si vous êtes au boulot, vous ferez sans doute une petite pause et commencerez à vous éparpiller. Mais parfois encore, le choix ne vous est pas laissé. Dans ce cas, il est possible que vous vidiez complètement la pile. Vous remarquerez à ce moment qu'il vous est impossible de poursuivre. En général, c'est l'instant de l'abandon. Même en voulant vous forcer à poursuivre, vous vous rendrez vite compte que votre esprit s'égare, vous avez la tête ailleurs. En effet, le système est ainsi fait que lorsqu'une pile est vide, c'est une autre pile qui prend le relai. Sauf que son énergie ne correspond pas à la même activité, son énergie n'est pas compatible et vous traîne constamment sur un autre domaine, qui vous fait alors plus qu'envie. Henri est un pro, et sa machine ne souffre d'aucune erreur, si ce n'est la versatilité de vos piles. Par exemple, quand vous êtes à bout, en faisant une courte pause vous aurez l'impression de pouvoir reprendre ce que vous faisiez. Détrompez-vous, ce n'est qu'illusion, tout comme on peut relancer un appareil dont la batterie est morte après l'avoir laissé reposer un peu. Ca ne dure jamais bien longtemps !

Pour pallier ce problème, Henri a doté vos piles d'une adaptativité automatique. Un gros mot qui signifie en réalité que lorsqu'une pile se trouve en dessous d'un certain seuil, sa capacité va s'agrandir, piochant dans la place que prennent toutes les autres piles. Par corollaire, une batterie qui n'est pas utilisée s'use malgré tout, et voit sa place dans la boîte à motivation réduite. De cette manière, votre endurance dans la discipline la plus pratiquée va s'accroître, avec pour limite la taille de la boîte. C'est ainsi qu'on peut observer certaines personnes se tuer au travail toujours plus, et finir par négliger totalement le reste. Et c'est également pour cette raison qu'un phénomène d'accoutumance peut se créer. Si toutes vos piles sauf celle du sport sont atrophiées, vous aurez beau essayer, en moins d'une heure vous décrocherez de n'importe quelle autre activité pour n'avoir plus envie que de sport. Et ça marche avec toutes les autres activités. Mais pas avec tout le monde, puisque certaines personnes sont dotées en plus d'une autorégulation, qui empêche vos piles de dépasser une certaine taille, aussi bien maximum que minimum. Pour ces personnes, qu'on dira souvent équilibrées, les risques d'incidents sont minimes. Oui, car des accidents arrivent parfois. Même si Henri est un divin mécano, les pièces détachées de votre âme ne sont pas infaillibles. Ainsi, au travers de ce qu'on peut parfois appeler une crise personnelle, un individu peut, d'un seul coup, perdre totalement son intérêt pour une activité précise qu'il affectionnait jusqu'ici, et changer radicalement de vie.

De par cette adaptativité automatique et la présence ou non de régulateur, certaines personnes pourront devenir des champions d'un domaine précis, mais ne sachant faire que cela, tandis que d'autres les envieront peut-être, mais jouiront d'une vie bien plus saine et variée. En général, il ne faut pas envier quelqu'un qui, pour réussir, ne pratique qu'une seule activité à longueur de journée. Au contraire, il faut la plaindre. Il s'agit d'un défaut de fabrication, d'un manque de régulation au niveau de ses batteries dont une aura enflé à outrance, éclipsant complètement les autres, pourtant non moins importantes !
C'est également à cause d'un manque de régulation qu'une personne peut totalement "oublier" l'existence même d'une activité, et, lorsqu'elle retombe dessus, se trouver bien idiot de ne pas savoir comment réagir et d'être totalement perdu. Elle dira qu'elle n'a pas l'habitude, ce qui prouve bien que la pratique développe l'envie.

Maintenant, passons à l'aspect global de notre moteur à désirs. Lorsque la moyenne de charge de toutes nos batteries est en dessous d'un seuil fixe, environ de vingt cinq pourcent, l'approvisionnement est suspendu pour les cas d'urgence. C'est généralement lorsqu'on est trop fatigué pour faire quoi que ce soit, et qu'il ne nous reste plus qu'à aller nous coucher pour faire le plein. A l'inverse, lorsqu'on tente de s'endormir avec trop d'énergie disponible, notre cerveau nous amènera à avoir envie de plein de choses, à y réfléchir sans arrêt, nous empêchant de dormir. A moins d'avoir expressément l'habitude de ne pas dépenser d'énergie dans aucune activité et d'avoir toutes ses piles totalement atrophiées. En effet, la boîte détermine un maximum de capacité, mais il n'y a pas de minimum !
En fait, tout le phénomène d'endormissement dépend d'Henri et de son équipe. Chaque soir, lorsque nos piles sont vides, ils placent nos âmes sur leur socle de chargement, pour ne nous les rendre qu'une fois chargées. C'est à ce moment que notre conscience se perd et que le sommeil devient effectif. Ainsi, on comprend bien qu'en se couchant avec une batterie encore chargée, personne ne viendra s'en charger pour la mettre sur son socle, et il sera impossible de s'endormir. De même, avec des piles minuscules, on pourra constamment croire qu'elles sont déchargées, étant donné leur contenance, et vous pourrez dormir sans arrêt sans problème. Un insomniaque est seulement une personne que l'équipe d'Henri n'a pas sur ses registres, suite à une erreur de logistique, et que personne ne viendra déconnecter pour mettre en charge. Les rêves, quant à eux, ne sont rien d'autre qu'une activité résiduelle de votre cerveau lorsqu'il est déconnecté de son corps et de son âme.

Enfin, il faut savoir qu'une seule pile peut être chargée à la fois, c'est ainsi que nous sommes conçus. De plus, la charge est effectuée aléatoirement et change de canal régulièrement. Alors, lorsqu'une batterie est particulièrement déchargée par rapport aux autres, il est possible qu'elle ne reçoive pas une charge complète. C'est pour cette raison que même en étant pafaitement habitué à une activité comme son propre travail, il est possible de n'avoir vraiment pas envie d'y aller. Et d'avoir envie de tout sauf de ça. Si votre système est correctement régulé, c'est même normal. Vos piles sont toutes pleines à craquer sauf une parce que vous la videz tous les jours, et vous avez
donc envie de tout, sauf ça. De même il faut savoir que rester en charge trop longtemps est nuisible. En effet, lorsqu'une batterie est pleine et qu'elle reçoit encore de l'énergie, alors sa capacité va diminuer, très lentement, mais très certainement. Et sa productivité en sera également beaucoup diminuée. C'est ainsi qu'en se levant tard, on a parfois envie de rien sauf de se remettre en charge. Les batteries ne fonctionnent plus correctement, et au lieu de les vider on aura plutôt tendance à vouloir les remplir, bien qu'elles soient déjà pleines. C'est un "défaut" du système qui s'évertue en réalité à sanctionner les trop gros consommateurs d'énergie.
Henri a tout prévu, il n'est même pas drôle.
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