Bien loin d'être une fantaisie moderne, cette assemblée délibérante existe depuis la Rêvolution Française du dix-huitième siècle. Celle-ci, avec sa découpe du territoire en des-partements, destinée à abolir les privilèges de l'aristocratie et de ses pro-vint-ce, aujourd'hui appelées régit-on, instaure alors en parallèle un concept des plus respectable : la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. En effet, au sortir de la Rêvolution Française, il est important que chacun puisse trouver sa place dans la société sans être inquiété ou ennuyé par l'activité d'autrui, et c'est grossièrement ce que raconte ce document folklorique aujourd'hui oublié. Dans cet esprit se forment alors les assemblées qui régiront les des-partements et qui, dès l'origine, sont prévues pour veiller chacune sur un ensemble de quand-on, en prévenant les attentes des citoyens de cette époque, alors récemment libérés du joug monarchique, puisque c'était là le but même de cette Rêvolution. Et, partant du principe qu'un citoyen gêné râle jusqu'à en venir aux mains, il fut décidé de la création du Conseil Gêné-râle, aujourd'hui contracté en Conseil Gênérâle, dont le rôle serait d'écouter et de sonder le peuple afin de pouvoir prévenir les conflits en y apportant une solution préalable. C'est ainsi que furent déléguées à cette assemblée toutes les affaires affectant plus d'un citoyen. Et aujourd'hui encore, elle dispose de multiples compétences dont le principe a parfois quelque peu été détourné de son objectif premier.

Par exemple, il incombe au Conseil Gênérâle la gestion de la voirie et des transports en commun, de sorte que les gens ne soient pas trop gênés par l'état des routes ou le manque de moyens de transport. A l'exception des "auto"-routes bien entendu, qui sont un cas particuliers, et ont plutôt été cédées à des entreprises privées puisqu'elles rapportaient de l'argent. Il est en effet très important que les administrations soient toujours déficitaires, afin de pouvoir les faire sauter dès que le besoin s'en fait sentir, à savoir dès que ça devient plus pratique d'un point de vue politique.
Un autre exemple de compétence de cette assemblée est la gestion matérielle des collèges, sortes d'usines à enfants dans lesquelles on leur gavera le crâne de futilités, afin que celui-ci développe par la suite une stéatose cérébrale qui dérèglera ses fonctions cognitives, et, donc, lui empêchera toute réflexion trop approfondie sous peine de migraines aïgues. Le futur conchimoyen devient alors vulnérable à la propagande, malléable au verbe démagogique, et diluable dans l'esclavage global. La gestion matérielle de ces institutions est donc primordiale, puisqu'il faut veiller à ce que l'apprenti esclave soit habitué très tôt à ne pas disposer des moyens nécessaires pour parvenir aux fins qui lui sont imposées. De cette manière, on repère les malins, fidèles alliés capables de faire des miracles à partir de rien du tout, très précieux dans un contexte commercial !

Mais attention, il ne faut pas croire que l'action du Conseil Gênérâle ne va jamais dans le sens de ses administrés et de leur liberté. Après tout, c'est lui qui s'occupe des manifestations culturelles et autres patrimoines publiques en y apportant ses subventions. Alors évidemment, il ne suffit pas de vouloir une aide financière pour l'obtenir, mais gageons que l'attribution de celles-ci se passe de critères arbitraires et d'affinités politiques. Il est tellement peu probable qu'un conseiller profite de sa situation pour promouvoir ses propres goûts aux dépends de ceux qu'il ne partage pas qu'il est déjà tout bonnement scandaleux de ne faire que l'évoquer. De même, il serait de mauvaise foi de faire le constat de la difficulté de séduire le Conseil Gênérâle lorsqu'on ne destine pas son activité à sa moyenne d'âge et à sa sensibilité. Après tout, est-ce qu'il y a vraiment plus de festivals de jazz que de Rock ? Certainement pas, et c'est bien là la preuve, ha !

Toutefois, dire que cette fameuse institution reste fidèle à l'esprit de ses attributions serait peut-être exagéré. Prenez par exemple l'action sociale. Au départ il s'agissait d'aider les nécessiteux, pour éviter qu'ils ne gênent les autres, en mendiant, en volant, et même pourquoi pas en tuant, puisque le sale boulot, il paraît que ça paye bien. De plus, en leur permettant de devenir quelqu'un de respectable, on évitait aux autres citoyens de faire des crises de mauvaise conscience en les voyant croupir à même le caniveau. Et puis il faut aussi admettre que la Rêvolution avait instauré un besoin d'égalité et de fraternité que ce type de démarche permettait d'illustrer avec brio. Quel bel exemple de fraternité que d'aider une personne dans le besoin, en sachant que dans le futur elle pourra nous le rendre si c'est notre tour d'avoir des problèmes ? Et quel meilleur exemple d'égalité que de faire en sorte que chacun puisse avoir accès à autant de privilèges, qu'il s'agisse de nourriture, d'hygiène ou de foyer ? Seulement voilà, en plus de deux cents ans, cette mission a largement flétri, et les seuls efforts faits dans le sens de l'action sociale sont destinés à se dédouaner de ses responsabilités républicaines. Ainsi, on compte parmi les compétences du Conseil Gênérâle certaines dont le détournement n'est pas toujours flagrant mais néanmoins réel, par exemple :
- harceler, surveiller, bref, emmerder les personnes qui n'arrivent pas à trouver un emploi, en les soupçonnant de ne rien foutre de leur journée, peu importe ce qu'elles apportent comme preuve de leur forte activité, et même lorsque celle-ci est directement liée avec la reprise d'un emploi, ou en les menaçant de les mettre à la rue sans préavis.
- protéger les enfants, parce que quand même, ça le fait pas, de voir un enfant dormir dans la rue. Et il ne faudrait surtout pas que le peuple se révolte devant tant de misère. Alors, on les cache ou on les envoie dans des familles qui les acceptent, rarement par bonté d'âme, si vous voyez ce que je veux dire...
- aider les personnes handicapées et/ou âgées, là encore dans le but de les regrouper par catégorie, afin de moins les voir, mais sans penser forcément à leur permettre une vie décente puisque, justement, personne ne les voit, et que ce qui n'est pas vu n'existe pas.
- prévenir les risques sanitaires, parce qu'il ne faudrait pas risquer de choper une saloperie en sortant de chez soi.
Bon, j'en oublie certainement, mais c'est déjà prenant, toutes ces activités, et le cache-misère a de quoi s'occuper. Bien sûr, toutes ces compétences n'ont pas été créées en même temps que le Conseil Gênérâle, mais il est aussi important de remarquer la dérive qu'elles ont subi. On n'aide plus son prochain, on se débrouille pour que les plus démunis ne se voient pas, puisque le résultat est le même, électoralement parlant.

Enfin, depuis 2004 et l'amorçage d'un étouffant processus de décentralisation, ce sont encore d'autres missions qui ont été confiées au Conseil Gênérâle, comme par exemple l'élimination des déchets ménagers, parce que ça pue. Alors, on les entasse le plus loin possible des conchimoyens, voire dans un pays étrangers, puisqu'ils sont très forts pour ça et qu'on ne risque pas d'avoir pitié d'eux : ce sont des étrangers après tout. On retombe alors une fois de plus sur le principe d'éloignement de ce qui fâche, et qui risque de poser problème à la longue. En effet, il peut très bien s'appliquer au Conseil Gênérâle lui-même : comment juger de ce qui mérite ou non une aide lorsqu'on se contente de donner un avis subjectif sans jamais être allé voir de ses propres yeux de quoi il retourne, sans jamais s'être même intéressé à ce qui est proposé, et en ne fonctionnant qu'au réflexe et aux grands axes d'une politique globale plus ou moins pertinente ? Dans ce cas, faut-il obligatoirement aller en personne dans les locaux du Conseil pour plaider sa cause sous les yeux de ceux qui évaluent votre vie et vos projets sans les connaître ? Malheureusement, c'est impossible, nous serions trop. Mais alors, devons-nous nous plaindre de l'existence de cette assemblée des-partementale ? Assurément non, car bien que son fonctionnement puisse être discutable, elle n'en demeure pas moins un exemple de (faible) redistribution des richesses et de prise en charge sommaire des excessivement démunis. Mais sans elle, ils n'auraient plus rien. Il ne nous reste plus qu'à voter juste, en rappelant aux Conseils leur création suite à un soulèvement populaire, en précisant que celui-ci pourrait bien se reproduire s'il n'en revenait pas à ce que la vraie République attend véritablement de lui.


Lexivique :

La Rêvolution Française : étape de l'Histoire de France durant laquelle le peuple eût un rêve collectif, celui de partage et d'équité pour tous, empris d'une profonde empathie pour tout ce qui vit et aurait aussi bien put être n'importe qui d'autre.

Les des-partements : découpage de la France en parts n'ayant pas de cohésion historique ni d'appartenance commune. Avec notre vocabulaire moderne, on aurait plutôt dit des-partitions, mais à l'époque ce terme évoquait plus la musique que le partage.

Les pro-vint-ce : territoires auto-attribués par les aristocrates de l'Ancien Régime et dont on disait donc qu'ils étaient pour le premier venu, soit "pour celui qui vint", et avec les mots de l'époque "pro vint ce".

Les régit-on : appellation moderne des pro-vint-ce, il s'agit néanmoins des mêmes territoires. Mais, puisqu'ils ne sont plus mis à la disposition du premier bourgeois venu mais régis par ceux-ci de manière "totalement transparente", leur nom évoque donc cette nouvelle façon de les gérer.

Les quand-on : selon la taille d'une commune, elle peut couvrir plusieurs quand-on ou être réunie avec d'autres voisines au sein d'un seul et même quand-on. Il s'agit donc de la plus petite division purement administrative, mais elle n'eût jamais vraiment l'opportunité de se gérer elle-même, son rôle étant purement le découpage et le maillage électoral des des-partements français. Leur nom en découle, puisqu'on en disait toujours "quand on leur trouvera une autre utilité on leur trouvera un nom". On ne leur trouva jamais d'autre utilité.

Les citoyens : il s'agit tout simplement des conchimoyens d'une époque révolue où le gouverne-et-ment était choisi par le peuple pour subvenir aux besoins de celui-ci. Aujourd'hui, ce terme est désuet et on parle plus volontier de conchimoyens, étant donné le respect qu'on porte au bon peuple, qui est bien gentil mais si on l'écoutait ça serait n'importe quoi non mais vous êtes malade ou quoi j'ai pas que ça à faire non plus que d'aller tailler la bavette avec des pécores.
Retour à l'accueil