C'est en tous cas ce qui est inscrit dans une loi du Kentucky, état des Etats-Unis, datant de 1966. L'amendement de 1972 stipule bien que "personne n'a le droit de vendre, d'échanger, de montrer ou de posséder des poussins, des canetons, des petits de poule (SIC) ou de lapin [...] qui ont été teints ou colorés [...] et en dessous de l'âge de deux mois dans aucune quantité inférieure à six.". ( source )
Et l'amende va de cent à cinq cent dollars.

Alors moi, quelque part, je me dis bon. Interdire la teinte de petites bêtes qui n'ont rien demandé, je peux le comprendre, même si ça doit être franchement fendard. Mais ne l'interdire qu'en dessous de six, et à la fois, ça donne envie de se bouffer les rognons au petit déjeuner quand même. Si j'ai bien compris, rien ne m'interdit de teindre des poussins en bleus à partir du moment où il n'y en a à aucun moment moins d'une demi-douzaine de colorés. Mais comment a-t-on pu en arriver là ?

Pour cela, mettons-nous en situation. Vous êtes le législateur. Non, pas en vrai, c'est une hypothèse, rien de plus. Enfin vous l'êtes peut-être en vrai, ça ne me regarde pas, mais admettons que ce soit le cas, juste un instant. On vous invite à une soirée Jet Set. Super, vous vous dites, je vais pouvoir me la jouer mec classe, genre la sagesse incarnée à côté de cette bande de malades frimeurs et pleins aux as. A la soirée, vous rencontrez un jeune créateur qui présente sa collection automne-hiver de peinture sur canetons. Merveilleux, vous encouragez l'initiative. Et c'est là qu'un pochtron débarque, mais un du genre à se torcher avec la tête de George Washington, vous voyez, de l'ivrogne de niveau international, attention, business class et tout le tralala. Il s'approche de la vitrine où "défilent" les canetons, comate quelques minutes dessus, avant de lancer à la colonne voisine un "compien pouch silila dimoua ?" à peine compréhensible. Le styliste sur caneton, sachant que c'est à lui qu'on s'adresse, en demande un prix incroyable, et l'affaire est bouclée en un tour de chéquier à dos de stylo. Interloqué, vous observez le poivrot repartir avec son petit caneton, droit dans la piscine. Aucun des deux ne survivra.

Doté d'un zèle hors du commun, vous vous dites que ce drame ne doit pas se reproduire. Ces petites bestioles colorées sont magnifiques, mais elles ont trop tendance à conforter les observateurs d'éléphants roses dans leurs délires multicolores. Cependant, vous ne pouvez pas interdire la teinte ni la vente de ces petits bijoux vivant, sinon comment ce talentueux designer fera-t-il pour s'en sortir ? Soyons sérieux, avec moins de cinquante mille dollars par mois, on ne vit plus convenablement, de nos jours. La réflexion n'ira pas plus loin. Un éclair de génie vient de vous traverser l'esprit, scotchant sur place toutes vos pensées concurrentes. La solution, mais elle est toute simple ! Il ne faut autoriser ces minuscules attractions que par groupes de plusieurs individus. Ainsi, il sera nécessaire d'être sobre pour pouvoir gérer vos acquisitions. Et le problème sera résolu. Quelle quantité choisir ? Peu importe, il suffit de faire comme les oeufs, par demi-douzaine, ce sera facile à retenir comme ça. Comme on achète les oeufs on achètera les poussins, par six.

Le lendemain matin, tout fier, vous proposez votre loi. Elle est approuvée, votée, et appliquée. Le soir, vous vous couchez avec la conscience tranquille de l'Homme qui sait qu'il s'est rendu utile à la communauté. Grâce à vous, la mortalité par possession de poussins colorés sera diminuée de cent pour cent, et c'est le plus important, finalement.
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