On pourrait voir dans le RMI le paroxisme de la solidarité sociale. Son objectif premier, aider les exclus à redevenir actifs, pourrait être louable, s'il ne sous-entendait pas d'emblée que l'exclu a besoin d'aide. Mais quand on regarde en détail le fonctionnement de cet accompagnement, on se rend vite compte que sous couvert de solidarité, c'est toute une machine à tasser les esprits qui ronronne, afin de pouvoir les faire rentrer au plus vite dans une petite case de laquelle on leur souhaite de ne jamais sortir. La tolérance des conchimoyens bénéficiaires du RMI est constamment évaluée, testée, afin de s'assurer qu'il ne leur viendrait pas à l'idée de contester leur statut de parasite. Car c'est là l'objectif premier de ce Revenu Minimum avant Indignation : endormir les plus pauvres en les culpabilisant, comme s'ils étaient responsables de leur pauvreté, et non victimes. On endort les gens avec cette subvention, puis, lorsqu'ils sont suffisament dociles et que leurs scrupules se font plus vifs, on leur retire. Leur conscience prend dès lors le relai, empêchant les démunis de se révolter, se disant "J'ai eu ma chance, je n'ai pas su la saisir" plutôt que "On ne m'a laissé aucune chance, ça va chier (dans la colle et les bégonias)". De cette manière, le risque de soulèvement social devient inexistant, et on n'a plus à remettre en cause le système. Ce qui laisse aux riches le temps de se gaver, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien à prendre. Et où on les verra généralement venir pleurer à la porte du pauvre pour qu'il l'héberge et le nourrisse, celui-ci ayant trop bon coeur pour laisser son compatriote à la rue.

En fait, dès l'entrée même dans le processus du RMI, on offre l'incroyable opportunité au demandeur de renoncer à toute dignité. On lui fait bien comprendre qu'il est un raté, un poids mort pour son pays, un lest qu'on ne pourra se permettre de conserver trop longtemps, une charge inanimée qui ferait mieux de se réveiller si elle ne veut pas rapidement se retrouver au delà des frontières de la société. On lui demandera de se présenter régulièrement devant une "assistante", qui jugera si le titulaire mérite ou pas d'être artificiellement maintenu en survie. Gare à celui qui n'a pas progressé depuis la dernière fois, la rue est juste là, dehors. Pour les autres, par contre, c'est le grand luxe. En échange de cet abandon total de liberté, ils se verront offert, et gracieusement s'il vous plait, une somme d'argent mensuelle égale à plus de la moitié du seuil de pauvreté ! Incroyable, quelle chance ! On déduit donc de cette démonstration que le seuil d'indignation de la population d'un pays est environ équivalent à la moitié du seuil de pauvreté de ce même pays. Stupéfiant comment le système est bien ficelé, n'est-ce pas ?

Mais vous ne savez pas tout. Lorsque le RMI devient effectif au début de l'année 1989, il était géré par l'état, qui garantit alors à tous les bénéficiaires l'impartialité de la gestion des généreuses donations. Mais de nombreux problèmes se posèrent alors. Comment surveiller autant de mendiants ? Comment avoir la certitude qu'aucun d'entre eux, laissant de côté l'aumône quémandée aux entreprises, ne se transforme pas en véritable sangsue qu'il faudrait brûler, avec les sorcières et les communistes ? La réponse ne tarda pas. Dès l'année 2004, on délocalisa le Revenu Minimum avant Indignation aux Conseils Gêné-Râlent des des-partements, selon deux préceptes bien connus : "Si tu balayes toi-même le sol de ta maison, tu ne pourras t'en prendre qu'à toi-même s'il est encore sale. Alors fais-le faire par quelqu'un d'autre.", et "La merde ça pue, laisse-la aux autres.". Et en effet, mieux vaut un millier de caméras de surveillance qu'un gros satellite géostationnaire. D'ailleurs, au passage, puisque la surveillance était accrue, on en profita pour renforcer les obligations des RMIstes, ces racailles.

Désormais, la perception du RMI dépend de nombreuses variables. Pour commencer, tout ce que vous pourriez toucher à côté de votre RMI en sera retenu. Vous comprenez bien qu'il ne faudrait surtout pas que vous vous en sortiez ! Imaginez que vous touchiez, en plus de votre survie mensuel, une centaine d'€uros. Cela pourrait vous permettre d'acheter une chemise, par exemple. Et donc de présenter bien, et finalement, peut-être de trouver un emploi payé au dela du SMIC. Et, qui sait, de devenir un jour propriétaire. Un roturier, riche ? C'est de la folie. Alors, pour compenser votre folie mégalomaniaque, on vous donnera cent €uros de moins. C'est bien fait pour vous, vous n'aviez qu'à pas faire du zèle. Et ne recommencez pas, ou c'est la totalité de votre revenu qui disparaîtra. Pire même, si vous avez le culot de toucher des prestations sociales pour l'aide au logement, on soustraira à votre RMI ce qu'on a appelé un "forfait logement", résiliable unilatéralement, et vous n'êtes pas du bon côté, et correspondant à une bonne part de votre revenu. Salaud va ! C'est pas la foire au slip ici !

Et comme si ça ne suffisait pas, on entretient le RMIste dans une course permanente avec l'emploi. Par exemple, il n'est rien qui puisse compenser la recherche d'un emploi. Voyez plutôt...
Vous avez fondé une association d'aide aux démunis ? Il faut vous recentrer Monsieur ! Même si votre mission est d'intérêt public, nous n'en avons vraiment rien à foutre, nous, à partir du moment où votre activité ne vous rapporte pas de pognon. Notre rôle à nous n'est certainement pas d'aider les gens, mais de s'en débarrasser progressivement. Alors votre asso, hein, je me la carre loin, et sans votre aide.
Comment ? Vous avez l'indécence d'avoir réalisé une oeuvre ? C'est inadmissible, vous vous foutez du monde ou quoi ? Attention, ne recommencez pas, ou vous n'aurez plus aucun droit. Nous ne sommes pas là pour entretenir des félés qui passent leur temps à révasser. Artistes, non mais n'importe quoi vraiment, et pourquoi pas acteur aussi ? Allez dégagez.
Hein, vous apprenez actuellement un nouveau métier ? Que ce soit clair entre nous. Soit vous prenez rapidement un emploi dans votre domaine d'origine, soit on vous met manutentionaire, et voilà, au moins, on verra plus votre sale gueule. Et si vous refusez le poste... je vois que vous commencez à comprendre...
Enfin, dans le cas où vous avez la mauvaise foi inouïe de ne pas vous souvenir de vos promesses, on peut vous mettre sous le nez un contrat, signé de votre main, expliquant ce à quoi vous vous étiez engagé. Vous avez intérêt à savoir ce que vous voulez, et depuis le début, moi je vous le dis.

Au final, le RMI n'est qu'une sorte de maintien en vie artificiel dont le but n'est non pas de permettre quoi que ce soit, mais de soumettre un peu tous. Tous les marginaux, tous les originaux, tous les orignaux et autres animaux de foire en marge du système. C'est un peu la phase de dressage du grand cirque de la société. Vous êtes triangle quand on vous veut carré ? Pas de problème, deux ou trois coups au moral, ça et là, un petit coup de ciseau, et hop, on n'y verra que du feu. Bon voyage sur le fleuve tranquille du capitalisme. Et n'espérez pas de gilet ou de bouée de sauvetage, on les a revendus il y a bien longtemps...


Lexivique :

Le RMI : Revenu minimum d'une personne avant que sa misère n'attise assez sa colère pour déclencher, par réaction en chaîne, une révolution.

Les des-partements ont déjà été vu précédemment, hein, vous n'alle zpas me la faire à moi !
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