Si d'Onis peur vous avez, alors vous êtes bien tombé ! Vous êtes bien sur le répondeur de Laurent et Maggie, spécialistes de l'ésotérisme japonais à travers les âges, et pour tous les âges. Nous serons absents pendant toute la semaine, pour enquêter sur un mythe que nous vous ferons découvrir très prochainement. On y parlera de château hanté et de vacances bien méritées, les deux n'étant jamais tout à fait incompatibles. Mais on me fait signe que j'en ai déjà trop dit, je suis vraiment trop bavarde. Et puis, je ne voudrais pas vous gâcher le suspens ! Alors à bientôt !


Ce château est vraiment bizarre. Je comprends pourquoi autant de gens entretiennent une peur panique de cet endroit. Pour commencer, il n'y a pas âme qui vive. En plus, on est assez loin du portail d'entrée, qui semble s'ouvrir automatiquement et qu'on ne voit même pas d'ici. Et l'épaisse forêt tout autour participe pas mal à l'ambiance également. Si Laurent n'était pas près de moi, je pense que je n'aurais jamais eu le courage d'aller jusqu'ici. Pourtant, c'était mon idée. Je lui ai même un peu forcé la main. Mais bon, je suis certaine qu'une fois à l'intérieur, bordés par des draps de soie dans un lit à baldaquins, on sera tellement bien qu'on ne pensera même plus aux frissons que donne la demeure de l'extérieur. En fait, j'en suis presque impatiente. Allons-y.


C'est étrange. Nous sommes restés devant la porte une bonne dizaine de minutes à frapper, sonner, appeler, crier même, mais personne n'est venu nous rencontrer. Laurent et moi avons fait le tour du propriétaire afin de s'assurer que le personnel n'avait pas pris sa pause dans une cour intérieure de l'autre côté de l'énorme bâtisse. Mais non. Il y avait bien une porte ouverte vers l'intérieur, mais ç'aurait été très impoli de s'introduire de la sorte chez des gens sans doute plutôt bourgeois. Alors, nous sommes revenus à la porte d'entrée pour appeler de nouveau. Et, à l'instant, en frappant à la porte une énième fois, elle s'est entrouverte. En plus, il commence à pleuvoir, et Laurent semble assez curieux de voir le bâtiment de l'intérieur. Je vais le suivre.


Je n'arrive pas à retrouver Laurent. J'ai crié son nom maintes et maintes fois, mais il n'a pas répondu. Nous étions dans le hall d'entrée, nous avons fait du bruit et avons appelé quelqu'un pour nous accueillir, mais personne n'est venu. Puis, Laurent a entendu un bruit venant d'une pièce au fond du hall. Il m'a demandé de l'attendre ici, et je ne l'ai plus revu. J'ai d'abord prononcé son nom doucement, puis de plus en plus fort jusqu'à ce que la tête m'en tourne. Et je ne l'ai plus revu, ça doit bien faire une demi-heure maintenant. Je suis inquiète, mais j'hésite à aller voir derrière cette porte. J'ai peur de ce que je pourrais y trouver. Je suis partagée entre l'envie de fuir et d'en avoir le coeur net, et ça me paralyse. Peut-être que si je ne fais qu'entrouvrir la porte...


Je n'aurais jamais du aller voir derrière cette porte. Il n'y avait personne, mais lorsque je l'ai ouverte, une autre s'est fermée. Sur le moment, ça m'a rassurée, et je me suis dit que Laurent me jouait un tour. Ca n'aurait pas été la première fois qu'il s'amuse à me faire peur pour me prouver à quel point toutes les croyances sur lesquelles nous enquêtons sont idiotes. Alors j'ai laissé la porte se fermer, et je suis allée ouvrir l'autre. Et là encore, des bruits de pas précipités, et une autre porte qui se ferme. Et ainsi de suite jusqu'à ce que j'en ai marre. J'ai imploré Laurent pour qu'il arrête, mais je n'ai obtenu aucune réponse. Il ne m'aurait jamais fait ça, je le connais trop bien. Quand j'ai fondu en larmes, il serait venu me consoler. Il déteste que je pleure, ça le révolte. Désormais, mon chagrin n'est rien en comparaison de ma confusion, mes larmes sont sèches. J'ai l'impression d'être ultralucide et de tout voir d'un oeil nouveau, comme si j'étais désincarnée et que plus aucune émotion n'altérait mon jugement. Je vais tenter de retrouver mon chemin vers le hall, et j'irai chercher de l'aide pour retrouver Laurent.
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