<<- Début de l'histoire - <- Chapitre Précédent

Max est dans son lit. Enfin, disons dans sa couchette. Et encore. Obligé de dormir dans une combinaison spatiale qui lui semble rétrécir d'heure en heure, l'effet du mince matelas posé à même le sol n'est pas simplement atténué, il est strictement annulé. Mais bon, il est surtout là pour rappeler à Max la civilisation, au cas où cette énorme épave qu'il occupe ne soit pas suffisante. De toutes façons, il ne dort pas. Trop préoccupé par la voix qu'il a entendue provenir du nuage blanc, il retourne le problème dans sa tête. Pour commencer, comment se fait-il qu'un "nuage" soit possible sur cette planète, à si basse altitude ? Et un nuage si petit, et si blanc. Max connait les nuages, il en a traversé des tonnes. Et même si d'aspect extérieur, ce sont de grosses boules de coton, de l'intérieur ce serait plus proche de la barbe à papa, sauf que le sucre serait remplacé par de l'eau. Et c'est la superposition de tout ce brouillard qui donne la couleur au nuage. Alors, étant donné la taille de ce nuage, il aurait fallu de l'eau très compacte, mais néanmoins gazeuse, pour obtenir un tel effet. Et selon les relevés barométriques de cette planète, la pression frôlerait plus le zéro qu'autre chose. Le nuage est donc une vue de son esprit, une invention, une hallucination, rien de plus. Quant à la voix, elle vient bien accréditer cette thèse. Le seul petit défaut à cette théorie, c'est que le nuage l'ait obéi. Il est resté dehors, respectant son intimité toute relative. Quoi que, après tout, son mental a bien pu créer une représentation naïve d'une angoisse sous-jacente portée vers le monde extérieur et qui tendrait à ne s'exprimer qu'en de rares occasions, pour le rassurer, sans doute, à moins que... Faire autant de conjectures psychologiques, est-ce vraiment normal pour un fou ? Oui, certainement, c'est même peut-être à ça qu'on les reconnait. Ha ha. Les fous, ils se posent vraiment trop de questions, n'est-ce pas ?

Quelques heures après, un nouvel élément surgira enfin dans l'esprit de Max. Un élément décisif, qui lui permettrait de trancher la question avant de devenir fou, s'il ne l'est pas déjà, enfin bref. Le verre. Le nuage a dit pouvoir trouver de l'eau. Non, il a dit avoir de l'eau, c'est mieux encore. Et à la fois, ça semble logique, pour un nuage. Depuis le temps, il doit être bien plein, ce verre. Ha ! Max n'a pas dormi, mais il a laissé plusieurs heures au nuage pour le remplir, ce foutu verre. Et comme de toutes façons il n'y a ni jour ni nuit sur cette putain de planète, rien ne l'empêche de se relever s'il n'a pas sommeil. Ben oui ! Allez hop, tant pis pour son cycle circadien, rien à péter, il n'en est plus à ça près, de toutes façons il ne lui reste que quelques poignées de jours à survivre avec ce qu'il lui reste de nourriture, alors son petit rythme biologique, hein, c'est pas non plus la priorité. Alors, Max se relève, rallume les phares extérieurs, et retourne à son petit atelier-laboratoire de fortune.

Dehors, on n'y voit pas à... on n'y voit pas en fait. On aperçoit bien des lueurs, un peu partout, des reflets blancs générés par les phares, mais le sol, lui, on ne le voit pas. L'espace non plus. D'abord surpris, puis effrayé, Max observe plus attentivement le panorama. En fait, il semblerait que c'est son petit ami, le nuage, qui se soit multiplié à l'infini. Il y en a partout. Et l'un d'entre eux pénètre dans le "hall", où Max est resté scotché.
- Coucou !
- Hein que ?
- C'est moi, tu me reconnais ?
- Euh, oui, ça oui, enfin je crois...
- Alors pourquoi tu as peur ?
- Comment tu sais que j'ai peur ?
- Je ne sais pas.
- Ha ha, tu ne sais pas tout ! En fait, tu ne sais que ce que je sais, c'est ça hein !
- Euh, oui, je sais ce que tu sais.
- Et paf, je t'ai eu, tu es donc dans mon esprit !
- Mais non, regarde, je ne suis pas dans ta tête, là, je ne suis que dans le hall, à côté de toi. Ou alors c'est tout ça, ta tête ?
- Ne change pas de sujet ! Je le savais, je suis devenu fou ! Et c'est quoi, tous ces autres nuages ? Tu as ramené des amis à toi pour mettre encore plus de confusion dans ma tête ?
- Non, c'est moi aussi.
- Donc tu es partout. Prétention, ubiquité, mirage ou hallucination ? Oui, la dernière option me semble plus raisonnable à moi aussi.
- Ce n'est pas mon avis.
- Je ne te le demande pas de toutes façons. Tu n'es qu'une trahison de mon subconscient, voilà ce que t'es.
- Je ne comprends pas le subconscient.
- Tu cherches surtout à brouiller les pistes oui ! Comme de par hasard.
- Pourquoi tu ne veux pas me croire ?
- Pourquoi devrais-je ? D'abord, prouve-moi que tu es réel. Et tous les autres aussi.
- Ca te gêne que je sois autant ?
- Ah ben oui, alors déjà ta phrase n'a aucun sens, et en plus oui, ça fait encore plus timbré là, je suis de plus en plus inquiet pour ma santé mentale.
- D'accord.

Et, en un éclair, non mais rapport aux nuages, tout ça, bref, en un instant, toutes les petites boules cotoneuses disparaissent, laissant tomber des trombes d'eau par terre, à une vitesse très raisonnable étant donné la faible gravité. Max se précipite au bord du hall pour regarder toute cette eau se répandre au sol, puis être absorbées par le sol.
- Maintenant tu devrais couper ta machine.
- Quoi ? Mais c'est pas possible tout ce gaspillage ! J'en ai besoin, moi, d'eau, c'était bien de l'eau hein c'est ça ? J'aurais eu de quoi tenir deux mois avec toute cette eau. Mais pourquoi tu as fait ça ?
- Tu ne voulais pas d'autres nuages, je les ai juste retirés.
- Mais oui mais il fallait me prévenir que c'était vraiment de l'eau dedans !
- Tu pensais que ce serait quoi ?
- Mais, je croyais rêver moi... d'ailleurs, je rêve peut-être encore...
- En tous cas, tu devrais couper ton générateur.
- Bon, tu m'emmerdes avec ça, il a quoi mon générateur ?
- Je sais pas ce que tu veux dire par là, mais si tu veux pas d'autres nuages, il va falloir que tu coupes ton générateur.
Max regarde son générateur. Un nuage est en train de se former au bout du tuyau d'évacuation.
- Tu veux dire que c'est moi qui ai fait ça ?
- Oui. Ca va vite tu sais.
- Alors je suis sauvé alors ? Ah non, c'est vrai, j'hallucine...
- Au fait, tu voulais pas un verre d'eau tout à l'heure ?

Retour à l'accueil