Que croyiez vous ? Que la cocaïne de contrebande n'était pas vraiment de la cocaïne, et que ça la rendait parfaitement légale ? Le mot contrebande ne vous aurait donc pas mis la puce à l'oreille ? Il faut croire que le problème s'est déjà posé en Arizona, puisqu'on a jugé préférable de clarifier les choses à l'aide d'une loi. Une loi assez cocasse quand on y regarde bien, au point de caresser l'absurdité dans le sens du poil jusqu'à la limite de l'incompréhension. Mais regardons plus en détails cet article 3453 du chapitre 13 du code pénal de cet état ( source ), portant sur la fabrication et la distribution de contrebande de substance contrôlée.

Le premier paragraphe nous informe, croyant bien faire, que "il est illégal pour une personne de fabriquer, ditribuer ou posséder dans l'intention de distribuer de la contrebande de substance contrôlée". On commence déjà à se poser quelques questions sur la santé mentale du législateur. Non parce qu'il est illégal, d'accord, c'est logique qu'un texte de loi parle de ce genre de chose ; pour une personne, donc, si je comprend bien, ça ne concerne pas les animaux en dehors de l'espèce humaine. Dès lors, si vous parvenez à prouver que c'est votre chien chien à sa mémère qui a mis en place, par un hasard improbable, le laboratoire biochimique qu'il y a derrière votre maison et qui produit de la cocaïne, c'est bon, vous êtes couvert, aucun problème, vous pouvez même continuer... Et non ! Je vous ai piégé, votre chien peut continuer, mais vous, n'y touchez surtout pas, ce serait illégal. De même, si vous parvenez à trouver une plante qui vous fait pousser directement la drogue en sachets, pas de problème, tant que vos clients viennent se servir chez vous. Ne la distribuez surtout pas vous-même ! Ce serait illégal ; pour une personne, donc, de fabriquer, distribuer ou posséder dans l'intention de distribuer. Alors, si le coup du chien n'a pas marché, je vous conseille de dire que c'est pour votre consommation personnelle. Oui, trois kilos de cocaïne par heure, et alors ? J'aime bien prendre des bains avec, et me talquer les fesses. Et ça ne vous regarde pas, monsieur, d'ailleurs je vous emmerde, et je rentre à ma maison prendre un bol de céréales glacées à la coke. Non mais ; bref, de produire et distribuer de la contrebande de substance contrôlée. Dans la famille allusion timide, je demande les substances contrôlées. Imaginez que je participe à une compétition de haut niveau. Bien. Je fais une performance incroyable, le 100m en moins de 9 secondes, je sais pas, un truc de folie. Bien évidemment, les contrôles anti-dopages vont me sauter sur le coin de la couenne pour me faire pisser dans un violon. Ou un petit récipient, selon la mélomanie des scientifiques présents à ce moment là. Bref, le tout pour contrôler mon urine. Mon urine est donc une substance contrôlée, c'est le moins qu'on puisse dire. Donc, à partir de ce moment là, quand je distribue mon urine à tous ces labos qui ne rêvent que d'une chose : découvrir comment j'ai fait de telles performances, et surtout comment mieux m'en cacher la prochaine fois, alors, puisque je distribue ma substance contrôlée, je deviens hors-la-loi, non ? Tous les donneurs des banques de sperme aussi, le sont, puisqu'ils distribuent des substances franchement contrôlées, et plutôt deux fois qu'une. Alors quoi ? Il est illégal de vivre, finalement. Pisser, donner son sang, se branler, sont autant d'actes réprimés s'ils ne sont pas faits en solo ? Je m'imagine déjà me faire une petite saignée dans ma baignoire pour le fun...

Mais là n'est pas tout. Car il y a quatre paragraphes ! Oui oui, tous rédigés dans un état d'ébriété probablement aussi avancé. Le second paragraphe est assez amusant, mais plutôt court. Il se contente de prévenir les gens de mauvaise foi que même s'ils ne savaient pas qu'il s'agissait de contrebande, ils sont malgré tout responsables. Par contre, si vous avez un permis de port d'héroïne et un certificat d'authenticité, alors pas de problème, vous pouvez en faire ce que vous voulez. C'est d'ailleurs une préoccupation majeure des résidents d'Arizona. Devant leur sachet de cocaïne, ils se disent : "Mon Dieu, pourvu que ce soit une version originale, et pas une saleté de copie piratée sur internet !". Les pauvres. Ils savent que même s'ils n'étaient pas au courant, ce qui est souvent le cas lorsqu'on se fait arnaquer, la poudre de contrebande pourrait leur valoir de lourdes sanctions. Autant vous le dire tout de suite : les vendeurs de farine font fureur par là-bas. Ca y ressemble, mais en cas de contrôle, hop, on était pas au courant, mais c'est pas grave, puisque c'est que de la farine ! C'est beaucoup mieux que le pauvre qui va s'acheter un paquet de farine pour faire un gâteau d'anniversaire à son gamin mais qui, sans l'avoir fait exprès, se retrouve inculpé pour traffic de drogue parce qu'on lui a vendu un paquet de cocaïne. Il est con aussi, il avait qu'à articuler. "Deula hon hahine", normal que l'épicier ait confondu "De la cocaïne" ou "De la bonne farine" ! On a pas idée de parler dans sa barbe comme ça. Surtout quand on a qu'une moustache.

Non non ne partez pas, j'en ai pas fini avec vous. On a bientôt fini soyez patient. J'en viens maintenant au troisième paragraphe. Hé hé. Très important celui-là. Il reprend le premier, mais, au lieu de dire que c'est illégal, il stipule que ça constitue un crime de classe 6. Si si, le gars s'est retapé la phrase entière, en précisant même qu'il reprenait le premier paragraphe, pour remplacer la fin. Ce qui donne un truc idiot du genre : "Toute personne contrevenant au premier paragraphe en fabriquant, distribuant, ou possédant avec l'intention de distribuer, de la contrebande de substance contrôlée est coupable de crime de classe 6.". Que voilà un paragraphe important. Que ce soit bien clair entre toi... et moi... hein, bon, là je vous parle pas seulement du gars, le gars que il s'est fait... euh... avoir avec de la saloperie de camelote de contrebande, merde. Non, là, il s'agit bien de toute personne, attends, que je remette la main sur le basard... je n'ose imaginer le temps qu'à pu prendre la rédaction de cet article de loi dans cet état. Gageons qu'au moins ils se sont bien amusés. "Ce soir les gars, on se fait soirée législative, wouhouuuu champagne !". Passons.

Oui, passons au dernier paragraphe, le meilleur. J'ai peut-être quelques lacunes dans la langue de Shakespear, mais là, quand même, il y a vraiment quelque chose que j'ai dû rater. Alors, pour que vous ne pensiez pas que j'interprète mal, je vais vous retranscrire le plus fidèlement possible le texte : "Toute personne agée de dix huit ans ou plus qui contrevient au premier paragraphe en ce qui concerne une personne agée de moins de dix huit ans est coupable de crime de classe 5.". Je ne sais pas trop ce qui fait le plus peur entre la loi ou son texte. Le truc le plus logique que j'ai pu trouver, c'est que les gamins sont une substance contrôlée, et que donc, en ce qui les concerne, toute personne qui procrée des gamins de contrebande est coupable de crime de classe 5, donc, qui n'est pas la même que celle de classe 6, hein, attention. Et là je voudrais dire stop. Je me suis forcément planté quelque part. Mais non, je ne vois pas.

Au final, j'ai comme la sensation que le premier contrevenant à la loi sur les "substances contrôlées" de contrebande, c'était le législateur, au moment où il l'a rédigée... quel exemple pour la jeunesse...
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