Chers lecteurs,


Vous êtes chaque jour de plus en plus nombreux à vous plaindre de la guerre. Oui, cette guerre, là-bas, que vous ne verrez jamais de vos yeux, mais que quand même, c'est mal. Et vous avez raison. La guerre, c'est mal. La paix, c'est quand même beaucoup mieux, au moins, on peut en rire sans choquer personne. Et vous déplorez qu'il y ait de la guerre partout dans le monde, sauf chez vous, mais c'est quand même mieux comme ça, finalement, et vous n'échangeriez pas votre paix contre n'importe quelle guerre. Je vous comprends. La guerre, déjà, c'est fatiguant. On dort mal, quand on a la chance de dormir, il faut sans arrêt fuir ou lutter, et on risque d'en mourir, quelle saloperie. Non, tout mais pas ça. Alors, pour ne pas risquer de déclencher une guerre, c'est si vite arrivé, vous restez assis sur votre canapé devant la télévision. Plutôt perdre mille neurones ici qu'une jambe à la guerre. C'est tout à fait normal. De même, vous évitez les conflits au maximum. Votre patron vous exploite, mais bon, c'est toujours mieux que la guerre. Votre voisin fait la fête tous les soirs alors que vous vous levez à six heures le matin et fait pisser son chien devant votre porte mais c'est mieux que la guerre, après tout. Parfois, vous vous dites qu'il suffirait d'une simple conversation, d'un petit mot, pour arranger la situation, mais ce rien du tout pourrait mener au conflit, se généraliser en lutte, pour se terminer en guerre. Et la guerre, c'est mal, on l'a déjà dit, tout mais pas ça.

Mais la famine aussi, c'est mal. Et vous vous en plaignez. Vous même, parfois, vous avez faim, et vous avez suivi moults régimes sans le moindre résultat. Vous êtes donc bien placé pour comprendre ce que c'est qu'avoir faim. Personne ne devrait avoir faim. Tout le monde devrait pouvoir manger selon son appétit. Et vous avez raison. Quand on voit ce que coûte le foie gras fourré à la truffe, on comprend très bien ce que peut ressentir le petit éthiopien devant le menu de la croix rouge. Alors, pour ne pas risquer de perdre votre pain quotidien, vous évitez à tout prix de déplaire à votre entreprise. Elle peut tout exiger de vous, puisque de toutes façons, vous lui devez tout. Vous travaillez, et en échange on vous paye. C'est le deal. Et tout bien réfléchi, on vous paye beaucoup. D'abord, parce que vous même, vous ne seriez pas prêt à payer autant de l'heure pour quelque service que ce soit, à moins qu'il n'incorpore divers pratiques sexuelles considérées comme déviantes. Mais également parce qu'avec une heure de votre travail, vous avez de quoi payer un repas pour deux personnes. Ce qui signifie qu'en une journée vous gagnez de quoi manger trois jours. N'est-ce pas formidable ? Rendons grâce à votre société, ainsi qu'à celle, en général, qui a emmanché dans votre crâne que la valeur du travail devait s'estimer au temps perdu et non en fonction de la richesse créée. Ainsi vous ne risquez pas de connaître la famine, soyez-en fort aise, et souriez.

Mais ce n'est pas tout. Vous vous plaignez décidément beaucoup, et la misère est également présente dans votre tête à chaque fois qu'on vous en parle. Et vous vous dites que c'est mal, avant d'oublier. Et vous avez raison. Ne pas avoir de toit, c'est mal, surtout quand on a pas le choix. Avoir une maladie curable à coup de milliers d'€uros, c'est mal, surtout quand on a déjà pas de quoi survivre en étant en bonne santé. Il y a des bidonvilles dans le monde entier, et tout ça c'est mal. Il y a de la misère partout, et c'est vraiment pas de chance. Au fait, vous avez prévu quoi pour la Saint Sylvestre ?

Mais ce dont vous vous plaignez le plus, parce que vous vous plaignez vraiment beaucoup en ce moment, ce qui semble normal lorsque l'hiver nous apporte son lot de journées sombres et raccourcies, c'est que le monde est trop injuste, même pour les plus innocents d'entre nous. Parce que oui, il y en a parmi nous qui sont innocents d'une manière révoltante, n'ayant même pas de fantasmes sexuels qui justement, sont maux. Oui, vous l'avez bien compris, je veux parler des enfants. Ces parasites innocents qui parfois subissent la misère de leurs parents alors qu'ils n'y sont pour rien et n'auraient jamais dû venir au monde chez des gens plein de la misère que c'est trop triste. Et vous trouvez que les pauvres, ça devrait pas avoir d'enfants, et que si ça en a quand même, alors il faudrait aider les enfants pour leur apporter ce que leurs parents sont incapables de leur apporter, dans leur irresponsabilité crasse : à manger, un toit, une bonne douche, une consultation chez le médecin, une mutuelle, une carte de bus alors, non toujours pas, ha je sais, des cadeaux à Noël. Comment n'y ai-je pas pensé plus tôt ? Quoi de plus important dans la vie que d'avoir des cadeaux à Noël selon le rituel d'origine crétine enraciné dans nos traditions ? Existe-t-il quelque chose de pire pour un enfant que de ne pas pouvoir suivre les traditions, à part ne pas avoir à manger, un toit, etc... Rien ! Bravo !

Alors, vous vous êtes tous réunis pour apporter ce qu'il manque le plus dans le monde, excepté la paix, à manger pour tous, etc... : des cadeaux pour les enfants de ces gros cons d'irresponsables de pauvres*. Et vous avez même fait du zèle pour être certain que ces petites larves de parasites de la société auraient des cadeaux pour l'anniversaire de la naissance du petit Jésus, non, pas le plombier mexicain, l'autre, celui qui a pas de moustache et meurt quand il veut. Et je vous félicite. Grâce à vous, des centaines, que dis-je, des milliers, peut-être plus, de petits enfants ont peut-être reçu, sans doute, un cadeau, éventuellement, mais on en est pas encore sûr. Votre action aura permis à tous ces petits êtres aux étoiles plein les yeux et qui rêvent d'un verre de jus de fruits d'obtenir, et gratuitement, une peluche, et peut-être même une poupée vaudou ! Soyez tous loués pour ça.

Moi, de mon côté, je suis bien impuissant. Je ne peux pas apporter la paix dans les pays où on ne pense qu'à se taper sur la gueule parce que mon Dieu à moi c'est le plus puissant, il m'a dit d'aimer mon prochain, mais toi, tu peux pas être mon prochain si tu dis que mon Dieu il existe pas, alors je vais t'enfoncer ma baïonnette dans ton coeur, c'est où, c'est là, vous êtes sûr que vous avez pas une malformation, bon, d'accord, on verra bien, hop, et voilà, chien d'infidèle. Je ne peux pas apporter à manger à tous ceux qui meurent de faim parce qu'un des leurs a décidé que tout lui appartenait, et que du coup ses amis le protègent, bien naturel, on ne conteste pas le maître du monde, s'il le dépeuple c'est son problème, puisque c'est son monde. Je ne peux pas non plus offrir un toit à ceux qui n'en ont pas, ni un médecin à quiconque, ça coûte super cher ces conneries. Alors, je ferme ma gueule sur ce que je ne connais pas, et je me contente de te faire remarquer que si tu veux faire changer les choses, il va falloir plus qu'un clic ou un don. Gandhi disait un truc super intéressant, enfin il paraît, je ne l'ai pas connu. Sois le changement que tu veux voir dans le monde. Ce qui revient sensiblement au dicton populaire : ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse, mais avec la classe américaine d'un philosophe indien, quelque chose d'international quoi.

Et comme moi j'aime vraiment pas qu'on me donne des leçons, alors je ne devrais pas vous en donner. Laissons faire les choses comme on sait si bien le faire, et attendons urgemment. Dès lors, je n'écrirai plus jamais d'article sur ces pages. Désolé de vous l'apprendre comme ça, mais là, la guerre, la famine, tout ça, on est bien peu de chose, reste toi même, sois naturel, bref, adieu.


Humanitairement,
Stabbquadd.


PS : Humanitairement est un mot valise mêlant humanité et enterrement, et signifie effectivement la disparition prochaine de l'espèce humaine.


* Toute ressemblance avec toute action caritative ou présentée comme telle serait purement fortuite**.

** Fortuite est un synonyme d'évident je crois. Sinon ça ne voudrait plus rien dire***.

*** En même temps, ce serait pas la première fois.
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