Officiellement créée en 1976 sur l'héritage de la vieille Loterie Nationale, la Française des Gueux est une entreprise publique placée volontairement par l'Etat, son principal actionnaire, en situation de monopole sur les jeux de loterie. Il s'agit donc de l'unique dépositaire de tout ce qui se gratte, mise ou place, en faisant appel au hasard. C'est donc d'une véritable machine à rêve géante qu'il s'agit, sans restriction, sans contrôle, et avec la permission expresse de promouvoir ses services de quelque manière que ce soit. En effet, bien que la promotion de la totalité des substances addictives soit fortement régulée, quand elle n'est pas directement prohibée, le fléau des jeux d'argent est, lui, comparable à une Maladie Sexuellement Transmissible encouragée par l'Etat, et pour laquelle on autorise la Française des Gueux d'innonder le territoire de germes en allant les placer directement dans l'anus du conchimoyen, dans l'espoir que celui-ci en devienne dépendant. Oui, l'espoir, le mot est bien choisi, puisqu'il ne s'agit que de ça finalement.

Rendez-vous compte. Nous avons bien là une entreprise publique, gérée par l'Etat qui la possède pratiquement aux trois quarts, et dont le but est d'escroquer les conchimoyens... Qui en redemandent ! Pourtant, il s'agit de l'inverse de tout système social, de tout service public. Comment fonctionne cette entreprise ? Elle offre une chance à n'importe qui de gagner des millions. Comment ? Par hasard. Comme lorsque vous trouvez un billet dans la rue, sauf que là, la rue est payante et vous êtes des milliers à arpenter le même coin de trottoir. Le but est donc de devenir riche. Dès lors, les personnes susceptibles de payer ce service ne le sont pas, riches. Et c'est par ailleurs de là que vient le nom de cette aberration. La Française des Gueux s'occupe des miséreux. Pas pour les aider eux, non, pour s'aider elle. Elle vend donc aux pauvres une chance infime d'obtenir énormément. Ce qu'on appelle une arnaque, lorsque ce n'est pas l'Etat qui organise la collecte. Et quand une personne gagne, elle devient excessivement riche. On a donc pris énormément d'argent à ceux qui en ont le plus besoin, pour le redistribuer à... de nouveaux riches. Ce qui va donc à rebrousse-poil de tout principe social. Pour être logique et servir le citoyen comme l'Etat est censé le faire, l'entreprise devrait choisir un riche au hasard, lui prendre tout ce qu'il possède, et redistribuer le magot aux plus pauvres, en les tirant au sort eux aussi, parmi les listes de titulaires de minima sociaux.

Mais ce n'est pas tout, non non, la Française des Gueux n'est pas qu'une grosse usine à produire du riche en pillant du pauvre plein d'espoir. Croyez-le ou non, mais celle-ci ne redistribue qu'une petite majorité de ce qu'elle perçoit. 50,5% pour être exact. Parfaitement, le reste allant dans sa propre poche, et donc dans celle de l'Etat, mais pas seulement, on y viendra après. Pour l'instant, méditons sur le taux de redistribution de ces jeux de hasard. Dans un casino, le taux de redistribution ne peut descendre en dessous de 85%. Attention, ceci ne concerne pas les tables de jeux auxquelles rien ne peut être garanti, puisque les règles de ces mêmes jeux impliquent déjà un taux de redistribution bien souvent invariable. Par contre, à chaque €uro dépensé dans une machine à sous, vous avez protentiellement gagné 85 centimes. Potentiellement seulement, car le pourcentage s'applique à l'ensemble des joueurs, sur l'ensemble des mises, et pas seulement à vous et pour chaque tentative. Par contre, les 15% n'étant pas redistribués terminent dans la poche des casinos, entreprises privées. Pour la Française des Gueux, c'est différent, et rien ne l'oblige à garder un taux de 85%. Elle est donc descendue jusqu'à 50,5%, surtout histoire de dire qu'elle rend plus de la moitié de ce qu'elle prélève aux joueurs. Mais du coup, lorsque vous achetez un ticket à gratter de deux €uros, par exemple, celui-ci ne vaut en réalité qu'à peine plus d'un €uro, c'est son potentiel. Ce qui en fait, une fois de plus, une grosse escroquerie.

Mais alors où va tout cet argent ? Aux actionnaires ? Aux employés ? Un peu partout en vérité. L'Etat en prend une bonne part, et laisse quelques miettes en faveur du sport et des finances sociales. Par exemple, la Française des Gueux possède une équipe cycliste. Parfaitement. Avec l'argent du rêve des pauvres, elle paye de riches drogués pour pédaler sur des vélos hors de prix. Afin de faire rêver les pauvres un peu plus. Si vous n'aimez pas ce sport, peu leur chaut. Du verbe chaloir, utilisé ici dans son unique conjugaison existante, mais vous pouvez vous amuser à en inventer d'autre, par exemple au plus que passé conditionnel de la première personne, j'aurais eus chalu, donc, par double auxilliairation. Peu leur chaut, donc, que vous n'aimiez pas le vélo, de toutes façons, ils ne vous vendent pas leur saloperie sous le terme de "ticket de soutien à un millier d'escrocs ainsi qu'à leur équipe cycliste" mais de "ticket à gratter pour gagner peut-être (on sait pas) une somme éventuellement (c'est pas sûr) plus grande que celle que vous avez initialement misée et que vous avez d'ores et déjà perdue", même si le ticket se révèle être perdant comme la quasi-totalité d'entre eux. Donc, à partir de là, le sport choisi ne vous concerne plus, et si c'est le rêve des enflures de la Française des Gueux de se payer une équipe cycliste sur votre dos, vous n'avez rien à y redire, puisque je vous le rappelle, votre rêve à vous, on l'exploite, on n'est pas là pour le réaliser.

Au total, le montant du butin de ces pirates s'élève chaque année toujours plus et à environ dix, tenez-vous bien, dix milliards d'€uros. Ce qui signifie que chaque français y va en moyenne pour 150 € par an de sa poche. De quoi faire vivre aisément cinq cent mille d'entre eux, la moitié si on compte la redistribution de 50,5%. De quoi financer la quasi-totalité des RMI perçus. Le tout placé finalement entre les mains d'un Etat Jet-Set et d'une équipe cycliste. Je stigmatise, mais quand on a autant de visiteurs dans le colon, on peut se permettre quelques écarts je crois.
La Française des Gueux est donc une exception, une sorte de tumeur développée par l'Etat qui s'en contente pleinement, depuis le temps qu'il a perdu de vue sa mission de service au citoyen. Le plus inquiétant étant probablement que personne ne lui rappelle à coup de tatane sur la nuque et de tirage d'oreille et que le peuple accepte l'humiliation générale qui lui est infligée quotidiennement. Pourtant, quand le gouverne-et-ment organise lui-même ce contre quoi il est censé protéger, un vent de révolte devrait souffler dans le grand désert intellectuel des conchimoyens. Mais celui-ci est devenu bien trop aride pour que même un petit courant n'envisage la traversée...


Lexivique :

La Française des Gueux : entreprise publique exploitant les pauvres pour créer des riches, comme s'il n'y en avait pas déjà largement trop.

D'autres termes étranges ont pu apparaître dans cet article, mais ont déjà été expliqués précédemment.
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