Hypothèses de départ :

  • Renverser une salière porte malheur, sauf si on jette du sel par dessus son épaule.
  • Se passer le sel de main en main porte malheur, sauf si on utilise une fausse main.
  • Les sorcières font des cercles de sel pour se protéger, sauf si elles ont autre chose à faire.
  • Le sel tue les limaces et les bactéries, sauf si elles portent un casque.


Problèmes induits :

  1. Les limaces sorcières font-elles des cercles de sel pour se suicider ?
  2. Que risque-t-on à se passer le sel de main en main par dessus l'épaule ?
  3. Renverser une salière dans une plus grosse salière est-il anodin ?
  4. Doit-on saler de ses selles celles qu'on sait les plus sales ?


Démonstrations :

  1. L'observation d'une limace sorcière n'étant pas chose aisée, l'équipe technique s'est dotée d'un simulateur de limaces, en y programmant pour l'une d'elles le comportement d'une sorcière. Malheureusement, aucune commande suicide(); n'étant disponible, nous dûmes nous résoudre à placer par nous-mêmes la limace dans un cercle de sel. Le résultat est sans appel à un ami. Selon l'avis du public, il y a cinquante pourcent de chances pour que la limace meurt immédiatement de peur, et autant qu'elle cherche une issue et meurt au contact répété des bords du cercle. Notons au passage que l'utilisation d'un disque de sel bascule les probabilités intégralement vers la première hypothèse. N'étant pas convaincue, une partie de l'équipe fit sécession et s'offrit un simulateur de sorcières, en leur programmant l'apparence de limaces. Les résultats ne furent jamais révélés et la seule survivante de l'expérience se mure actuellement dans un mutisme de gastéropode. Nous vous tiendrons à jour des conclusions de l'enquête.
  2. Le reste de l'équipe se pencha sur ce second problème à l'heure du dîner. L'appétit n'étant pas au beau fixe, il eut tout le loisir de procéder à de nombreux tests. Globalement, chaque passage de la salière de cette manière laisse tomber quelques grains de sel. Parfois, la salière entière se vide sur l'épaule du camarade qui disparait alors dans une flaque d'eau salée, prolongeant d'autant les périodes de deuil et d'embauche de nouveaux collaborateurs. D'autres fois, le passage du relai s'avère défectueux, et la petite fiole de verre s'écrase avec fracas sur le carrelage, répandant son contenu alentour. Le nettoyage de ce genre d'incident fit disparaitre trois autres d'entre nous, dans divers glissades acrobatiques avec aterrissage de type fakir sur bris de verres fraichement fendus. Finalement, l'expérience dut se conclure lorsque toutes les salières se trouvèrent vidées de leur contenu. La conclusion macabre nous informe principalement que ce n'était pas une si bonne idée que ça.
  3. C'est avec deux collègues que cette expérience se déroula. La première étape, la construction d'une salière géante, ne posa pas le moindre problème. Malheureusement, lors du remplissage, l'un des notres y chut et disparut plus rapidement que le nuage de poussière saline ne se dissipa. Un nuage bien pire que son équivalent en amiante, qui provoqua des convulsions chez mon dernier ami, mon frère, qui partit rejoindre les autres au paradis des apattiques, de ceux qui n'ont pas trop trop de pattes, mais pas celles qu'on mange. C'est donc avec une infinie précaution que je lançai une plus petite salière dans la grande, dans l'espoir qu'elle se renversa. Malheureusement, elle tombit tombut tombèèèègleubeuh tomba droit comme un i, sans le point au dessus. Droite comme un L, voilà, mais un L minuscule. Celui qui ressemble à un i majuscule là, vous savez. Bref, abandonné dans le désarroi le plus total, j'abandonnai à mon tour l'idée de toute conclusion.
  4. Non. Le sel permet peut-être la conservation des aliments en tuant les bactéries, mais à moins que vous n'envisagiez de consommer vos excréments, leur salaison semble dénuée de tout intérêt. Je le sais, j'ai essayé.


Conclusion :

Le sel, sous ses faux airs d'épice bon marché, se trouve être bien plus dangereux que tout ce que l'équipe, paix à son âme, a pu rencontrer auparavant. Je me note cependant que le recrutement d'une équipe de mollusques n'était probablement pas adaptée pour mesurer les effets d'un tel prédateur. Tout bien considéré, ce serait comme demander à des intérimaires de s'occuper d'une centrale nucléaire, une folie qui ne doit être envisagée que si elle permet vraiment de grosses économies. Heureusement, j'ai pu me constituer une nouvelle équipe bien plus dynamique, apte à parer à toute éventualité, théoriquement indestructible grâce à leurs vêtements en kevlar hermétique. Leurs mouvements sont moins amples, les accidents plus nombreux, mais ils ne font plus que des victimes civiles, et ça, tout le monde s'en fout.
La preuve est donc faite que le sel, une pincée, ça va, un verre, bonjour les dégats. Mais la question reste en tiers : est-il préférable ?
Retour à l'accueil