Aujourd'hui, j'ai besoin de votre aide. Laissez-moi vous raconter.
Depuis deux mois, je reçois régulièrement des rappels pour m'informer que j'ai un rendez-vous ANPE le 12 janvier, au matin, à 8H45. Comme à chaque fois, il faut que je m'y présente avec mon dernier CV. Pourtant, puisqu'il s'agit d'un rendez-vous mensuel de recherche d'emploi, cela semble sous-entendre que je n'ai pas eu d'emploi depuis la dernière fois. Je n'ai jamais vraiment compris ce qu'on attendait de moi à propos de mon CV. Tant pis, je ramène le même à chaque fois. J'attends que quelqu'un me dise :"Hey attendez monsieur ! Ce n'est pas votre dernier CV !". Et là je lui répondrai : "Mais... qu'est-ce qui vous fait dire ça ?". Et il me répondrait : "C'est évident, je l'ai déjà eu celui-là !". Ce jour alors je comprendrai que quand on est artiste, on attend de nous qu'on produise un nouveau CV à chaque rendez-vous. "Vous êtes écrivain ? Et vous me ramenez deux fois de suite le même CV ? Vous vous foutez vraiment de moi n'est-ce pas ?"

Mais ce n'est pas important. Non, c'est vrai, ça ne me pose pas tant de problèmes que ça. A force de recevoir des rappels pour ce rendez-vous, j'ai cessé de les lire. Vous savez, si ma mère m'envoyait tous les soirs un SMS pour me souhaiter bonne nuit, au début j'y répondrais, puis moins. Et enfin, je ne les lirais même plus. Et bien là, c'est pareil. Néanmoins, j'avais mauvaise conscience. Un ordinateur m'avait envoyé un message, s'était donné du mal, avait consommé de l'énergie pour produire cette lettre. Puis, on me l'avait apportée. Jusque chez moi ! Tout ce monde s'était donné du mal pour moi, je ne pouvais pas laisser lettre morte. Alors, ce matin du 12 janvier, juste avant de partir à mon rendez-vous, aux alentours de 8H00, j'ai craqué. Oui, je pars trois quart d'heure en avance, j'habite à plus d'une demi-heure de route de mon "Pôle Emploi". C'est assez amusant d'ailleurs. Voilà un service public, destiné aux plus miséreux, à ceux qui n'ont plus rien, ou plus grand chose, et dont le rôle principal est de leur faire perdre du temps, et de l'argent. Parce qu'une heure et demi de route et autant d'essence gaspillée pour me faire entendre que je suis autonome dans ma recherche d'emploi et que de toutes façons mon profil ne correspond pas aux offres proposées mais qu'il faudra quand même que j'envoie une dizaine de CV afin que mon "conseiller" puisse justifier de son efficacité par rapport à sa hiérarchie, je m'en passerais volontiers.

Enfin bref, ce matin du 12 janvier donc, juste avant mon rendez-vous, je lis mon dernier rappel. Et là, une phrase en majuscule retient mon attention. L'adresse ? Non, elle n'a pas changé. Pour un peu je me serais posé la question tout au long du chemin. Je suis rassuré. Mais, tiens ! Une autre phrase en majuscule. Voilà qui n'est pas habituel. "ATTENTION, ENTRETIEN TELEPHONIQUE." Est-ce vraiment si dangereux que ça ? Je veux dire, ai-je plus de raisons de me méfier d'un coup de téléphone alors que depuis plusieurs mois un inconnu me harcèle pour que j'accepte un rendez-vous avec lui, sans qu'il n'y ait aucune raison valable pour ça, et qu'il m'est impossible de refuser sous peine de radiation. Probablement un truc nucléaire, je ne sais pas, j'ai préféré accepter, dans le doute. Mais en comparaison, un coup de fil me paraît bien anodin. Peu importe, je poursuis ma lecture. "JE VOUS TELEPHONERAI DANS LE CADRE DU SUIVI MENSUEL." Je rajoute le point, mais la ponctuation n'y étais pas, à l'origine. Outre le fait que cette phrase en majuscule me donne l'impression de lire un skyblog, où donc est ce "cadre du suivi mensuel" ? Faut-il que j'y sois pour répondre ? Est-ce indispensable, ou puis-je répondre de chez moi ? Personne ne savait quoi me répondre. Alors, je tentai le coup. Et continuai la phrase. "VOUS N'AVEZ PAS A VOUS DEPLACER." Hein quoi ? Comment ? Je me suis levé tôt pour aller à ce rendez-vous, et finalement, non, pas besoin ? Non mais qu'est-ce que ça veut dire ? Je regardai l'introduction de ce texte capital. Il s'intitulait "Commentaires" et se situait juste en dessous du rendez-vous. Il semblait donc évident que l'un se rapportait à l'autre. Mais alors que faire ? Je résume.

J'ai rendez-vous à trois quart d'heure de chez moi avec une personne que je n'ai jamais vue et qui veut que je lui apporte un CV que tout le monde chez lui a déjà en triple exemplaire, mais je n'ai pas à me déplacer. Néanmoins, on me précise que cet entretien est indispensable et obligatoire. Si je n'étais pas disponible, je dois... téléphoner. Et si j'y suis absent, je serai radié. Mais comment être absent à un entretien téléphonique ? Et si j'ai une coupure de courant ? Ou si je suis dans ma douche ? Dans le doute, j'attendai devant le téléphone, prenant bien soin de ne pas le décrocher trop tôt. Il est maintenant 14H45, et j'ai faim. J'ai raté mon rendez-vous. Comment ? Je ne sais pas, je n'ai pas bougé, je ne me suis pas endormi. Ou alors, j'ai occulté. Mon dieu, serait-ce ça ? Je m'attends dès lors à recevoir prochainement une lettre de réprimande pour me signaler que j'ai raté mon rendez-vous, et que je vais être radié. Lettre à laquelle il me faudra répondre que j'étais là, près du téléphone, j'attendais, et que je ne comprends pas. Problème : comment justifier ma présence devant le téléphone ? Je n'ai pas pensé à prendre de photo de moi à côté de mon téléphone en cadrant sur l'horloge et le calendrier quotidien. Comment vais-je faire ?

A mon avis, j'ai dû rater quelque chose. Peut-être qu'il faut se rendre à l'adresse indiquée, et, de là, attendre le coup de téléphone du conseiller ! Il y a probablement une cabine téléphonique sur les lieux, avec une bande de chômeurs autour, attendant leur rendez-vous mensuel. Peut-être que le retour à l'emploi est un jeu de piste qui commence à cette cabine, là-bas, à trois quart d'heure de chez moi. Un jeu obligatoire dont il ne faut rater aucune partie sous peine d'élimination. Cruelle la vie ? Tant pis, on m'avait prévenu. Si je suis absent, je suis radié. Je n'ai pas été capable de comprendre les règles, je suis éliminé, voilà.

Que dois-je faire ? Aidez-moi !

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