J'ai comme l'impression d'être rouillée. Comme presque tout ici. Je crois même avoir grincé tout à l'heure. Et cette douleur dans mes articulations, c'est horrible. Chaque mouvement se fait pénible, mais il faut que j'avance, encore. Si je reste ici, je vais finir comme toutes ces canalisations aux formes... aux... formes... Oh ! Non, mais c'est... Mais comment ont-ils pu rouiller comme un vulgaire bout de métal ?

C'est de pire en pire, la gravité semble ne même plus agir tellement mon corps tend à se figer. Lorsque je me relâche complètement pour reprendre mon souffle, qui tente de m'échapper, je peux me laisser tomber sans choir. La sensation est étrange. Intrigante et effrayante à la fois, j'ai l'impression d'être à l'intérieur d'un confortable moule de moi-même qui me maintiendrait en l'air. Je n'arrive pas bien à l'expliquer, ce serait de la tétanie, mais sans effondrement. Et avec l'impression d'avoir des crampes dans tout le corps.

D'une façon ou d'une autre, ce supplice touche à sa fin. Le plus important pour moi c'est de le croire. J'avance tellement lentement que j'ai cessé de fixer mon objectif des yeux pour me donner du courage. Je me dis que j'y suis presque, à chaque pas, si on peut appeler ça un pas. Vous avez déjà essayé de bouger lorsque vos muscles se raidissent hors de tout contrôle, vous causant une douleur atroce ? Alors vous ne pouvez pas vous rendre compte.

Le temps semble suspendu pour moi. Je n'arrive plus qu'à bouger les yeux. J'étais si proche. Comment inverser les effets, comment revenir en arrière ? Je ne suis même pas certaine que quiconque pourrait m'aider, alors moi même, dans ma prison de chair métallique, je ne donne pas cher de mes chances. J'arrive encore à remuer un doigt, je crois. Je ne le vois pas, mais c'est important pour moi. Je suis toujours en vie.

Suis-je ? Je pense donc je suis ? Je pense, effectivement, mais suis-je vraiment ? Quand on n'a plus que sa cervelle qui fonctionne, on peut faire quantité de choses dont on se lasse rapidement. Tout va plus vite en pensée. Et puis, peu à peu, les souvenir s'estompent, on ne connait plus aucune sensation, et on n'a plus envie que d'une chose : que la rouille vienne ronger vos entrailles et libérer votre âme. Patience.
Retour à l'accueil