A notre époque troublée, où l'émission d'un simple avis sur un membre du gouvernement peut valoir poursuites pénales, nos chers conchimoyens se demandent comment. Oui, comment. Comment continuer de s'exprimer en toute liberté lorsque le moindre dérapage peut vous valoir un interrogatoire, à domicile, par de charmants policiers, avec en bonus, pour chaque interview gratuit, un procès cadeau. Comment affirmer que oui, Nadine Moranus est manifestement une menteuse, preuves à l'appui, mais pas plus que Christine Albator ou Frédéric Lefaibeuvreux, finalement. Bref, comment conjuguer les insultes les plus fraîches et colorées avec nos très chers membres du gouvernement ?
En fait, il existe plusieurs solutions, permettez-moi de vous en faire la démonstration, pas plus tard que tout de suite.

Si vous vouliez dire, par exemple, que Nadine Morano est une connasse, sans pour autant vous retrouver à tenir compagnie à ce sombre individu, probablement terroriste de son état pour oser être aussi irrévérencieux. Vous auriez alors plusieurs possibilités.


Première Solution : le conditionnel

Vous ne l'avez pas remarqué, mais il y a pas plus tard que deux phrases plus haut, j'ai associé les mots "Nadine Morano" et connasse, sans prendre pour autant le moindre risque. Et comment ? Par l'usage du conditionnel. Pour cela, mettons-nous en situation. Je regarde une vidéo sur DailyMotion, dans laquelle apparaît cette séduisante ministre. Ses propos me choquent, et je ne peux faire autrement que de laisser éclater ma colère. Dès lors, je me rappelle que l'affirmative est le meilleur moyen de se retrouver pendu-par-où-tu-pues, que ce soit les pieds ou le cou (d'où proviendrait l'haleine d'après l'expertise de scientifiques labellisés Freedent). Je me dois donc de l'éviter. J'utilise alors une phrase que je place au conditionnel.
Exemple : "J'ai lu quelque part que Nadine Morano serait une connasse. Cette vidéo m'amène vivement à le croire."


Deuxième Solution : la décharge de responsabilité

Une solution extrêmement simple à mettre en place et qui ne demande même pas de conjugaison particulière. De plus, la phrase d'origine est gardée, celle qu'on ne peut pas prononcer, mais on la fait simplement précéder d'une mention permettant de repousser la responsabilité sur autrui, n'importe qui, au hasard.
Exemple : "Je comprends mieux pourquoi certaines personnes disent que Nadine Morano est une connasse."


Troisième Solution : le choix multiple

Si vous êtes joueurs, c'est une des solutions les plus intéressantes. Elle permet bien évidemment de ne pas courir de risque, tout en vous laissant user de toute votre créativité. Le principe est simple : une phrase affirmative dont le dernier mot est inconnu. Une liste de mots est proposée au visiteur, afin qu'il retrouve celui (ou ceux) qui convient le mieux. Dès lors, si le lecteur en vient à une conclusion condamnable, la responsabilité lui incombe. Et comme, par bonheur, la pensée n'est pas encore réprimée, personne ne sera inquiété. Vous pourrez même redoubler de vulgarité en enchaînant les saloperies avant de terminer par une note positive nécessaire à ce qu'il n'y ait pas infraction au code de bonne conduite (Code Rousseau de la Liberté d'Expression).
Exemple : "Nadine Morano est une [ grosse - connasse - femme formidable ] (rayer les mentions inutiles)"


Quatrième Solution : le hachage type rébus

Celle-ci est peut-être la plus risquée, mais c'est à vous de juger. Pour la mettre en place, il vous suffit de découper toutes les syllabes de la phrase, pour les recombiner d'une manière différente, quitte à former une phrase qui n'a aucun sens en l'état, mais dont la prononciation évoque votre réelle intention. Il est recommandé malgré tout de déformer certaines syllabes afin de rendre la phrase le plus sensé possible. Vous pouvez également envisager de segmenter la phrase en plusieurs sous-phrases, sans oublier que celles-ci peuvent tout à fait être nominales (ne pas comporter de verbe).
Exemple : "Na dîne. Mort à nos études. Comme ass."


Cinquième Solution : la délation feinte

La solution sans conteste la préférée des français : il s'agit de vendre son voisin. C'est lui qui l'a dit, et pas moi. D'ailleurs, moi, je trouve ça inadmissible. N'hésitez pas à en faire des tonnes dans le théatral pour marquer votre indignation. Comment un homme comme votre voisin peut-il se permettre de baver sur une personne aussi merveilleuse que celle qu'il insulte. Il devrait être puni pour ça, si vous voulez, j'ai ses coordonnées.
Exemple : "Et dire que mon voisin répète sans cesse que Nadine Morano est une connasse. C'est à cause de gens comme lui qu'il y a la guerre en Irak et le réchauffement climatique. N'hésitez pas à me contacter pour plus d'informations, il faut l'empêcher de nuire au plus vite !"


Sixième Solution : être un geek

Si comme moi vous passez le plus clair de votre temps sur internet, vous ne devriez pas avoir de problème pour mettre en place la solution de mon collègue de Linux Manua de manière permanente. Ni même pour installer Tor. Dès lors, vous pouvez vous lâcher, le pire qui puisse vous arriver est d'avoir votre commentaire supprimé.


Maintenant, vous n'avez plus aucune excuse pour ne plus vous en donner à coeur joie.
Et au passage, militez contre le délit d'outrage.
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